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Chronique
Un parcours entre opportunités et leçons
Daniel Giguère ne visait peut-être pas aussi gros en ouvrant sa première Voie Maltée à Jonquière en 2002, mais, à l’écouter raconter son histoire, on peut présumer que l’homme d’affaires sait prendre des risques… bien calculés! Car, en 14 ans seulement, sa famille professionnelle a cumulé trois pubs – Jonquière (2002), Chicoutimi (2007) et Québec (2012) – et une microbrasserie (2015), à l’intérieur de laquelle était d’ailleurs inauguré le 6 décembre un resto au concept unique, tandis qu’on s’apprête aussi à ouvrir une autre succursale à Québec au printemps…
Par Valerie R. Carbonneau, . 9 min de lecture.
« Au départ, on brassait sur place et on vendait de la bière seulement », explique le fondateur du brouepub qui possédait déjà un permis de brasseur afin de répondre aux exigences de l’époque pour présenter ses produits dans les festivals. La Voie Maltée a manqué de bière après quatre mois seulement d’opération… un beau problème, dira-t-on avec le recul! Vers 2004, le volet nourriture s’est ajouté à l’expérience grâce à l’aide de son frère fraîchement diplômé de l’ITHQ. Encore là, ce n’était rien de chic, simplement des trucs qui se marient bien avec la bière. Puis, vint la baisse des taxes d’accise, un moment charnière qui devenait payant pour l’industrie. « J’ai donc décidé d’ouvrir à Chicoutimi. D’autant plus qu’on parlait aussi d’abaisser le taux limite d’alcool au volant de 0,08 à 0,05 et d’une loi qui interdirait de fumer dans les espaces publics, des facteurs qui menaçaient d’affecter mon achalandage. »
L’homme d’affaires visionnaire parle de 2005-2006 comme la période de déclic à l’origine de l’effet domino qui s’est engendré en ouvrant la succursale de Chicoutimi. « J’ai écouté ma clientèle et le marché, c’est tout. » Et ils voulaient de la bouffe et de la bière, alors le resto a été un incubateur pour expérimenter une culture culinaire à la bière.
Chaque chose en son temps
Avec Éric Blackburn, un cuisinier blasé du côté « péteux » de la gastronomie, ils vont enraciner leur approche. « On voulait mettre à profit dans l’assiette nos pertes dans la bière pour ainsi contrer l’inflation, être compétitifs et faire rayonner la bière dans la bouffe. » Une stratégie qui visait à convaincre le client de passer la soirée dans leur établissement.
Après quelques années de prospérité et de plaisir à servir locaux et touristes nombreux, la famille Maltée était prête pour décupler encore. Et c’est notamment grâce aux jeunes saguenéens qui rentraient au bercail lors des longs congés que Dan Giguère est passé à une autre étape. Car, s’ils prétendaient être les meilleurs ambassadeurs du resto à l’extérieur, ils s’avouaient aussi déçus de ne pouvoir retrouver les produits en dehors du Saguenay.
Ajoutons à cela, les fermetures d’usines et la hausse du chômage, deux incitatifs pour ouvrir à Québec en 2012 et ainsi diversifier le risque. De 2012 à 2015, La Voie Maltée a consolidé sa place dans la Vieille Capitale et Giguère s’est fait approcher par des investisseurs qui « tripaient sur la marque » et voulaient développer un territoire. « On a eu beaucoup d’offres, mais il a fallu se mettre beaux. » Québec fut donc la véritable porte d’entrée pour percer.
Retour aux sources
En 2015, on a implanté la microbrasserie à Chicoutimi. Pourquoi Chicoutimi, loin des grand centres et pas non plus idéal pour établir un réseau de distribution? La décision n’était pas rationnelle et Giguère ne s’en cache pas; il voulait redonner à sa communauté en créant de la richesse. « Aussi, advenant un changement politique ou économique qui viendrait affecter mon achalandage, j’aurais au moins de la canette sur le marché. » Un placement de produit pour l’entreprise et un excellent terrain de jeu pour effectuer des activités de R et D.
« Le fait d’ouvrir un resto crée une demande chez les détaillants spécialisés et quand des investisseurs aiment mes produits, ils m’approchent pour avoir une Voie Maltée dans leur région; deux volets de la business qui cohabitent parfaitement et servent d’études de marché. »
L’entrepreneur confirme qu’il ouvrira une quatrième Voie Maltée, un autre 300 places à Québec cette fois dans l’ancienne discothèque Beaugarte. Une première succursale à accueillir les enfants! En parallèle, Giguère ouvrait les portes ces jours-ci de l’Usine, un resto de 100 places, sorte de laboratoire expérimental de cuisine à la bière à même la brasserie. Plus encore, l’Usine servira de plaque tournante pour l’empire Maltée avec sa vocation formative pour ainsi pousser l’expérience bière à son apogée. « En 2007, on était précurseurs avec notre approche culinaire à la bière. Aujourd’hui, on veut encore se distinguer et aller au-delà des accords », explique-t-il en partageant l’exemple du feu du foyer au baril de chêne, dans lequel aura préalablement reposé un Barley Wine. « On conseillera donc au client un verre de Barley Wine avec son steak qui aura cuit avec les mêmes effluves. »
L’homme derrière la cravate
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