Bières et Plaisirs › Dégustation › Sciences du goût
Chronique
C’est le temps d’une session
Par Anne-Marie Luca, . 6 min de lecture.
Quel moment délectable de se retrouver entre amis autour de maintes tournées de bières, de partager des discussions enflammées et rires éclatés, de recréer le monde l’instant d’une veillée ! Une expérience inoubliable, si seulement le groupe en question ne s’enivre pas à excès. Après les bières impériales ou en fût de chêne, le concept britannique de session beer s’introduit tranquillement dans la culture québécoise, une bière de soif faible en alcool et savoureuse, parfaite pour ces occasions rassembleuses.
En 2008, Martin Vaillancourt, copropriétaire et maître-brasseur du Corsaire microbrasserie, a créé une ale légère en alcool et bien houblonnée, sa Session Kirke, une des premières bières session typiquement anglaise au Québec. « J’ai voulu reproduire les bières session qui semblaient complètement inexistantes », confie le brasseur pour qui l’Angleterre représente sa terre d’éducation brassicole.
Les sessions sont, en règle générale, des bières de soif de style anglais, savoureuses et dont le taux d’alcool est inférieur à 4,1 %. Dans un article de 2011 du magazine Brew Your Own, Gordon Strong, président du Beer Judge Certification Program, écrivait « la bière session n’est pas un style en soi, mais un regroupement de bières ayant des caractéristiques similaires permettant de boire plusieurs pintes de suite ». Leur origine, quant à elle, reste une histoire incertaine.
Un concept britannique
« Le terme session est utilisé par les Britanniques depuis belle lurette, explique Martin Thibault, coauteur des Saveurs gastronomiques de la bière. Au Royaume-Uni, il signifie une soirée lors de laquelle on prend plusieurs verres tout en jasant ».
Dans ses recherches sur l’origine du terme session beer, Martyn Cornell, auteur, journaliste et historien brassicole, explique comment le concept aurait été une invention du 20e siècle. « L’histoire des “session beers” précède de plusieurs décennies le terme même, raconte-t-il. Au 19e siècle en Angleterre, les bières les moins fortes auraient eu des taux d’alcool de 4,5 % et plus. La bière “moderne” légère-mais-savoureuse, c’est-à-dire toute bière de soif en dessous de 4 % d’alcool et agréable au goût, découle probablement des restrictions imposées par le gouvernement lors de la Première Guerre mondiale ».
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