Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
La microbrasserie aux grandes visées
C’est afin de réaliser un nouveau défi professionnel que Marc-André Gauvreau et Denise Mérineau ont uni leurs forces pour mettre sur pied Brasseur de Montréal il y a de ça 10 ans. Dès le départ, l’objectif est clair : concocter des bières à la fois accessibles et goûteuses qui reflèteront les divers courants brassicoles. Fiers de leurs origines, les propriétaires se sont toujours investis dans leur milieu et s’efforcent encore aujourd’hui de créer des produits qui leurs ressemblent.
Par David Sparrow, . 13 min de lecture.
Retour au printemps 2008
Issue du milieu bancaire, Denise rêve depuis longtemps de lancer son entreprise. Marc-André, de son côté, a œuvré pour plusieurs brasseries et souhaite désormais démarrer son propre projet. Si les deux n’avaient pas prévu amorcer une seconde carrière commune, les circonstances favorisent rapidement ce scénario. C’est sans compter leur complicité toute naturelle.
Alors que Marc-André souhaite partir un plus petit projet, Denise insiste dès le départ pour viser plus gros. « Je n’allais pas me lancer en affaires pour faire dans la demi-mesure… », indique-t-elle. Marc-André accepte rapidement, l’expérience acquise chez Guinness, Unibroue et Boréale s’en trouvera plus que bénéfique.
« Mes amis brasseurs ont tous démarré des brasseries misant sur les produits très nichés, nous voulions faire différent et viser un marché moins exploité dans la microbrasserie », explique le passionné pour qui l’augmentation des parts de marché de la bière artisanale passe par des produits à la fois goûteux et accessibles.
Les nombreux contacts du couple leur permettent d’ailleurs de prendre du galon rapidement. Plus vieux que la majorité des autres brasseurs qui se lancent en affaires, le couple se fixe des objectifs de croissance bien précis et n’y déroge pas. Pour y parvenir, ils s’assurent aussi de bien s’entourer.
Aux cuves de la brasserie se sont notamment succédé Frédéric Moreau (Archibald), Jonathan Morse (Molson), Thibaut Huchet (Labatt), puis Mike Harrison, toujours en poste, qui avait fait ses preuves chez McAuslan.
Une image urbaine soignée
Dès la sortie de ses premières bières sur les tablettes, Brasseur de Montréal mise sur un look urbain et cosmopolite qui représente à merveille la métropole et qui se démarque par son visuel arborant des regards colorés. Plusieurs styles de bière issus des diverses traditions brassicoles y sont proposés, toujours avec le souci d’offrir un produit nette, stable et agréable à boire.
Pour ce qui est de l’emplacement de sa brasserie, le couple a, là aussi, fait preuve d’audace; le secteur de Griffintown était relativement délaissé à l’époque. Ce n’était qu’une question de temps avant que le coin regagne en popularité et Marc-André et Denise le savaient bien. D’ailleurs, les multiples projets de constructions et travaux avoisinant la brasserie actuellement leur donnent plus que raison.
Au fil du temps, Brasseur de Montréal a pris de l’expansion à travers diverses phases d’agrandissements où les propriétaires ont pris possessions de locaux voisins afin de grossir leurs installations.
Partenariat et expansion
Si les produits de la brasserie sont accessibles, bien mis en valeur sur les tablettes des commerçants et offerts dans plusieurs bars et restaurants de la grande ville, la gestion quotidienne de la mise en marché pèse sur les épaules des propriétaires. « La distribution a toujours été un enjeu pour nous et comme on est déjà situé à Montréal, ce n’était pas tant intéressant pour nous de faire affaire avec d’autres brasseries ou de petits distributeurs », indique Marc-André.
Ainsi, en 2016, après plusieurs mois de négociations, Brasseur de Montréal signe une entente de partenariat avec Six Pints – la division microbrasserie de Molson Coors Canada – afin d’assurer la distribution de sa gamme de produits sur l’ensemble du territoire du Québec et éventuellement au-delà de la province.
Pour les fondateurs, cette entente vient mettre fin à bien des maux de tête et permet de conserver la philosophie entrepreneuriale de la brasserie tout en s’assurant d’offrir une distribution appuyée par une logistique que seules les grandes brasseries maitrisent. « On évaluait la possibilité de travailler avec Six Pints et on y voyait que des avantages », insiste Denise.
De nouveaux marchés s’ouvrent évidemment suite à cette entente et des améliorations sont apportées à la salle de brassage pour répondre aux objectifs fixés pour les cinq prochaines années. Une refonte du visuel des produits est effectuée et certains d’entre eux adoptent de nouveaux sobriquets. On mise toujours sur une image urbaine qui met en vedette divers aspects architecturaux de Montréal. Différents formats feront aussi leur apparition, mais la bière elle, n’ayez crainte, demeurera la même.
Une brasserie, deux restos
À son établissement situé au 1485 rue Ottawa dans le quartier Griffintown, on propose 20 lignes de fûts, mais on peine présentement à les remplir avec des produits maison étant donné la récente expansion. L’agrandissement de la salle de brassage en cours permettra de reprendre le dessus prochainement.
Un nouveau système de brassage pilote offrira bientôt la possibilité de proposer des produits plus osés, plus variés, au grand bonheur des brasseurs qui prendront plaisir à créer des recettes. Déjà, de nouvelles bières ont fait leur apparition, notamment une Hefeweizen, une APA et une Saison. D’autres s’ajouteront prochainement et joindront le portefeuille déjà bien étoffé de la brasserie. Des produits délaissés dans les dernières années mouvementées reviendront fort probablement sur les pompes également.
Côté nourriture, les deux restos-bars – le second étant situé dans le Vieux-Montréal – affichent un menu plutôt complet proposant divers snacks classiques et des entrées alléchantes telles que saumon fumé maison, crevettes tempura, soupe Tom Yum, calmars frits, impériaux de canards et crab cake. Burgers, sandwichs, tartares et salades variés sont offerts pour les grosses faims en plus de côtes levées, steak frites, poutines et autres. Ça tombe bien, ça donne soif tout ça!
Confortable dans de grands souliers
À son arrivée aux cuves de Brasseur du Montréal, Mike Harrison avait de grands souliers à chausser, lui qui succédait à une liste de brasseurs aguerris. Mine de rien, il possédait déjà une belle feuille de route, étant notamment diplômé du Siebel World Brewing Academy de Chicago et ayant travaillé près d’une dizaine d’années chez McAuslan. Il a rapidement pris son aise et fait le bonheur de ses patrons en assurant la qualité et la stabilité des bières maison.
Mike a grandi au sud de Montréal, à Franklin Centre, un village de pommes situé près de la frontière américaine. C’est le Cégep qui l’a amené vers Montréal où il s’est tranquillement intéressé à la bière à travers des voyages et quelques dégustations. « Je me suis mis à brasser à la maison afin de diminuer les coûts et un peu aussi par curiosité pour le processus », indique-t-il.
À sa sortie de l’université, il trouve de l’emploi chez McAuslan qui vient de signer une importante entente avec Moosehead. Un timing parfait pour obtenir du temps de brassage et surtout se faire la main sur un système de brassage flambant neuf. Il assiste ainsi Ellen Bounsall et David Brophy dans cette grosse transition.
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