Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
Brasseries indépendantes : devrait-on les identifier?
La vente de microbrasseries québécoises aux géants conglomérats a fait sourciller toute l’industrie. Alors que rien ne différencie les producteurs indépendants de ceux qui ne le sont pas, le milieu craint que l’image « brasserie-artisanale-fait-local » véhiculée par les multinationales trompe le consommateur moyen, souvent peu informé. Bières et plaisirs est allé enquêter auprès des acteurs du monde de la bière artisanale.
Par Anne-Marie Luca, . 4 min de lecture.
Vous avez envie de déguster une bonne bouteille signée Québec et choisissez, dans la section craft du dépanneur du coin, celle dont la description vous semble alléchante. Une recherche Google vous apprend que, contrairement aux autres petites productions locales, elle fait partie de l’épais portefeuille d’une multinationale. Sauf qu’aucune information sur la bouteille ne précisait son appartenance à un groupe. Et vous avez acheté, sans trop savoir.
« On se fait bombarder de fausses brasseries indépendantes, surtout chez les détaillants non spécialisés qui ne connaissent pas le milieu, déplore Rémy Du Berger, propriétaire de l’Axe du Malt, un dépanneur spécialisé en bières de microbrasseries, à Québec. Le consommateur pense acheter d’un producteur québécois indépendant, mais l’argent ne reste pas au Québec. Et c’est ça qui est dangereux. »
La majorité des buveurs ne suit pas le développement du commerce brassicole et ne sait pas quel géant achète quel petit – à moins de faire partie de la clic des beer geek ou de travailler dans l’industrie depuis plusieurs années. Et la sélection peut parfois être trompeuse pour le consommateur moyen soucieux d’acheter localement.
Cette confusion, la scène brassicole la craint de plus en plus. Notamment depuis l’achat en 2016 d’Archibald par la Brasserie Labatt, mais surtout depuis la vente au groupe Molson Coors, en 2017, de la coqueluche qu’a été Le Trou du Diable (TDD). Une transaction qui a suscité de vives réactions dans la communauté.
Avec un choix qui se multiplie rapidement, plusieurs acteurs du milieu voient la nécessité d’identifier visuellement les producteurs indépendants. « Ça aiderait les néophytes qui connaissent peu l’industrie, mais pour qui encourager de petites entreprises locales est important », souligne Alain Thibault, le sommelier des Brasseurs du Monde, à Saint-Hyacinthe, lui-même consommateur local.
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