Terroir et Plaisirs › Spiritueux
Chronique
La survie des distilleries locales doit-elle passer par l’international?
Avec le changement de réglementation permettant dorénavant aux microdistilleries québécoises de vendre leur spiritueux directement sur les lieux de production, il devient de plus en plus intéressant pour plusieurs entrepreneurs de se lancer dans l’aventure. Mais est-ce qu’il est présentement possible pour ces distilleries de survivre en s’appuyant uniquement sur le marché provincial, ou doivent-elles nécessairement se tourner vers l’exportation?
Par Jean-François Pilon, . 6 min de lecture.
On voit de plus en plus de distilleries apparaître aux quatre coins de la Belle Province, si bien qu’actuellement ce sont 44 entreprises qui possèdent leur permis industriel de distillation. La plupart de celles-ci ne sont qu’artisanales : « Il n’y a que deux ou trois joueurs produisant plus de 100 000 bouteilles de gin par année au Québec. La grande majorité vend plutôt autour de 20 000 » selon Pierre Mantha de la distillerie d’Artist In Residence.
Mais pour ces petites entreprises, est-ce que l’engouement des Québécois pour la consommation de spiritueux du terroir est suffisant pour s’épanouir? « On remarque de plus en plus un intérêt des consommateurs québécois pour l’achat local », indique Sophie Mercille, coordonnatrice marketing/service client de la Cidrerie Michel Jodoin, première microdistillerie canadienne.
Les plus récentes analyses de leurs ventes confirment cette tendance et l’alcool n’y fait pas exception. On voit la même chose à la Société des Alcools du Québec (SAQ). Les ventes de spiritueux locaux y ont enregistré une hausse de 20 % pour s’établir à 755 000 litres en 2017. Mme Mercille souligne que la démocratisation de la mixologie et la redécouverte de l’univers des cocktails par les Québécois et les Québécoises ne font qu’accroître les occasions de dénicher et d’apprécier les spiritueux de chez nous.
Pour la première microdistillerie au pays, l’équation est simple : avec un bon produit et une promotion adéquate, le marché local et provincial peut être amplement intéressant. L’exportation devrait plutôt constituer une seconde étape. Elle note par contre au passage que le fait que ce soit une cidrerie bien implantée lui accorde un avantage. « Nous avons effectivement plus d’une vingtaine de produits offerts, desservant à la fois directement le comptoir de la cidrerie, mais aussi le milieu de la restauration, les épiceries, plusieurs boutiques spécialisées, en plus de la SAQ et de l’exportation », explique Mme Mercille, « c’est certain que d’avoir plusieurs cordes à notre arc diminue les risques en général. »
La SAQ a un rôle à jouer
Pour Jonathan Couturier, copropriétaire de la Distillerie Mariana, il est clair que le marché québécois se corse, et que la SAQ doit faire sa part. « Je ne dis pas qu’elle doit commencer à restreindre les nouveaux produits québécois, loin de là, mais elle doit mieux positionner les produits en succursales, offrir des formations au personnel, des rabais Origine Québec, etc. », opine l’entrepreneur de Louiseville en Mauricie.
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