Chronique
Les Grecs de l’Antiquité buvaient-ils de la bière?
L’alimentation sert à tracer des frontières alors même que la production et la distribution des aliments sont aujourd’hui déracinées, mondialisées. Pour les Grecs de l’Antiquité, le barbare se caractérise par l’Autre, par celui qui baragouine une langue qui ressemble à un borborygme dont la sonorité s’approche de ba-ra-bar. Le barbare est celui, souvent, qui n’est pas gracié de la techné offerte par le titan Prométhée, qui a permis aux Grecs de passé de l’état de Nature à celui – sédentaire et agraire – de Culture.
Par Mathieu Perron, . 6 min de lecture.
Depuis Homère, le Grec se décrit comme « mangeur de céréale ». Le barbare est celui qui ne mange pas de pain, ne consomme pas d’huile d’olive, ne boit pas de vin ou du moins, lorsqu’il boit celui que lui procure les Grecs, de manière immodérée et non diluée et donc non civilisée. Le barbare, c’est le mangeur de beurre et de gras animal, le buveur de lait, de sang, mais aussi de bière. Cette dichotomie alimentaire – en particulier entre buveurs de bière et buveurs de vin – persiste encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif mondialisé de l’Occident. Dans cette chronique, je vous propose un survol d’un article signé par les antiquisants québécois Janick Auberger et Sébastien Goubil.
Une trilogie classique : pain-vin-olive
L’enseignement classique insiste beaucoup sur la trilogie pain-vin-olive présente chez les Grecs depuis le Néolithique. Mais serait-ce possible que les Grecs nous aient menti? Serait-ce plutôt que les textes qui nous sont parvenus aient été rédigés par une élite qui a insufflé ses biais sur la réalité alimentaire des Grecs? L’élite qui a écrit ces textes décrit les Grecs comme des consommateurs exclusifs de vin et à défaut de boisson de grains non fermentés ou tout simplement d’eau. Or, toutes les civilisations qui l’entourent, que ce soit les Égyptiens ou les Mésopotamiens à l’est, les Thraces ou les Celtes, au nord et à l’ouest, consomment de la bière. Est-il plausible que la civilisation grecque soit restée hermétique à la consommation de bière?
Un terroir propice à la culture de l’orge
Le terroir grec n’est pas le plus accueillant pour la culture du blé. Les Grecs, ces « mangeurs de céréales », consomment et cultivent surtout de l’orge. À Athènes – port de commerce important – le blé d’Égypte et le millet arrivent à se tailler une place dans l’alimentation de ceux qui peuvent se le permettre, mais sinon, à Sparte par exemple, l’orge domine. L’orge est difficilement transformable en pain. Alors, comment le consomme-t-on? Il y a bien sûr la maza, qui se présente, soit sous forme de bouilli plus ou moins liquide ou, en galette et l’opson, un repas composé de tout ce qui est disponible : légumes, viande, poisson, fromages ou fruits. Mais de là, à la bière – au bouillon fermenté – il n’y a qu’une étape. Pourquoi les Grecs n’auraient-ils pas consommé de bière?
La boisson du pauvre
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