Chronique
La Brasserie Hart de Trois-Rivières
Ces derniers temps, la brasserie Molson a retenu beaucoup d’attention. Ouverte et établie au pied du courant sur la rue Notre-Dame à Montréal par John Molson en 1786, l’entreprise peut se targuer d’être l’une des plus vieilles en opération en Amérique du Nord. Ce qui est peu connu c’est que la Montréalaise Molson a eu en 1797 de la compétition trifluvienne : la brasserie Hart.
Par Mathieu Perron, . 5 min de lecture.
Hart and Sons Co.
Le patriarche du clan Hart, Aaron Hart, s’est établi dans la Province de Québec vers 1760, selon toute probabilité dans les bagages de l’armée de Wolfe comme munitionnaire. Un des premiers juifs à s’installer à Trois-Rivières dès 1761, Aaron s’établit rapidement comme une figure incontournable de la communauté. Établi dans le commerce des fourrures et comme marchand général, Aaron développe un important patrimoine foncier. Dans les années 1790, voyant l’âge gagner du terrain, Aaron souhaite garantir l’indépendance de ses fils en les établissant dans le domaine des affaires.
Hart and Sons nait d’une association patronnée par leur père entres les frères Moses, Ezekiel et Benjamin Hart. Le vieil Aaron offre alors à ses fils une chance de s’entendre en leur léguant d’importants biens fonciers. Des terres dont un terrain avec un accès au fleuve non loin du célèbre monastère des Ursulines permet de concrétiser ce projet. Les sœurs cloîtrées ne voyaient pas d’un bon œil l’installation sous leurs fenêtres d’une brasserie. Au bout du compte, après qu’Aaron ait envoyé sa fille s’éduquer chez ces bonnes sœurs et d’autres flatteries bien placées, l’affaire put être lancée.
Construction, bisbille et distillation
Ezekiel se trouve de fait chargé des opérations puisque son frère ainé, Moses, vit à William Henry (Sorel) et que Benjamin n’a que 18 ans. Ce dernier est tout de même envoyé à Montréal où il se procure l’appareillage de brassage. Pour sa part, Ezekiel se procure des plans de brasserie et une recette d’Ale et une de Porter. Ezekiel convint Jean-Baptiste Corbin de lui céder pour 250 livres une terre dans le fief Haut-Boc appropriée pour y cultiver le houblon. Malgré quelques difficultés dans l’exécution des travaux – les fours pour la malterie ne supportaient pas la chaleur requise – la brasserie put débuter ses opérations.
L’ouverture coïncide avec le décès du patriarche, Aaron Hart. Comme dans bien des cas, la succession divise les héritiers. Benjamin abandonne l’affaire. Ezekiel vend ses parts à Moses pour 338 livres 6s 8d. Le contrat de vente donne une bonne description des installations : « Une brasserie en pierres et un bâtiment à potasse, ensemble toutes les pompes, cuves, tonneau, trois chaudières de potasse, une chaudière de cuivre d’environ 120 gallons », un alambic, un serpentin de cent vingt galons, un hangar à drêche, la malterie et ce terrain du « Haut bocque ». Un détail intéressant, on trouve aussi un second bâtiment servant à distiller la bière de seconde qualité. Il était commun en cette époque d’avant Pasteur de limiter les inévitables pertes.
Buvez maintenant, payez plus tard
Dès la mise en activité de la brasserie, Ezekiel, Benjamin et le commis Clark se jettent sur les routes pour vendre des bons de commande aux habitants des paroisses jouxtant le fleuve. Les taverniers et les marchands n’ont pas à payer comptant. Ils peuvent se contenter d’un billet promissoire à terme, c’est-à-dire une note de crédit à échéance fixe.
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