Chronique
Sur les traces victoriennes de la bière du temps des fêtes
Par Mathieu Perron, . 4 min de lecture.
Ah! La traditionnelle tablée familiale du temps des fêtes : dinde, atocas, tourtière, pâté à la viande, bûche de Noël… N’avons-nous pas là l’exemple même d’un patrimoine authentique? La réalité historique est un peu plus complexe. Plusieurs des traditions de Noël qui sont considérées comme anciennes proviennent de la Grande-Bretagne de l’époque victorienne (1837-1901). Cet héritage a bien entendu été adapté, modifié et, en ce qui concerne la bière, heureusement récemment redécouvert et popularisé par plusieurs microbrasseries. Retraçons donc les étapes de l’heureuse naissance d’une pratique québécoise en voie de devenir une coutume bien installée.
Jours de l’an, réveillon et ragoût de pâtes
Jusqu’à la toute fin du XIXe siècle, pour les Canadiens-français catholiques, Noël est un temps solennel, ponctué de prières, de recueillement et de repas solennels durant lesquels on célèbre la naissance du Christ sauveur. Le Jour de l’an, fête païenne, est davantage célébrée. C’est l’occasion de joyeuses ripailles communautaires et familiales. La fin décembre correspond à la fin des boucheries d’automnes. Porc, bœuf, veau et volailles passent sous le couteau du boucher. On préparait ainsi une variété de coupes (filets, rôtis, jambons et jambonneaux, côtelettes, poulets) et de mets (tourtière, cretons, têtes fromagées, saucisses, boudin, ragoût de boulettes et de pattes de porc) en quantités suffisantes pour soutenir la famille et les invités durant les douze jours de ripailles et de festivités qui s’en suivaient. Bien entendu, le tout était souvent arrosé d’alcools divers, en particulier de rhum, d’eau-de-vie, de vins et, à défaut de ces derniers, de bière achetée chez quelques taverniers ou cabaretiers, eux-mêmes approvisionnés chez quelques brasseurs faisant affaire dans les villes.
Noël victorien : rosbif, plum-pudding et ales de choix
C’est essentiellement durant le XIXe siècle sous le règne de Victoria que certaines traditions attachées à Noël émergent au sein de la bonne société britannique. L’auteur Charles Dickens avec son conte Un chant de Noël (A Christmas Carol) publié en 1843 y est pour beaucoup dans le renouvellement des pratiques entourant les fêtes de fins d’années. D’après Martyn Cornell, vers 1850 c’étaient le rosbif, plum-pudding, ales et autres bières fortes de la meilleure sorte (Stock Ale, Barley Wine) qui constituaient la quintessence britannique du repas de Noël. À n’en pas douter, John Bull transporte ses goûts dans plusieurs foyers anglophones du Québec (y compris le eggnog). Vers 1890, la dinde rôtie s’introduit dans les foyers britanniques. Avec l’augmentation progressive des revenues des foyers de la classe ouvrière l’énorme volatile commence alors à se populariser. Le « coq d’Inde » est amplement suffisant pour sustenter une famille de taille moyenne lors du « réveillon », une pratique commune chez les gens de la haute société, mais qui commence alors à percoler en bas de l’échelle sociale. Le phénomène ne tarde pas à traverser l’Atlantique et à s’installer dans les foyers canadiens-anglais.
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