Aller au contenu
Plaisirs Média

Recettes, produits, adresses et plaisirs de table

Sacrés Gourmands › Produits

Chronique

Hoeilaart et Overijse, derniers gardiens du raisin belge sous verre

Au sud-est de Bruxelles, des villages entiers ont vécu du raisin de table cultivé sous serre. Le Royal et le Léopold III y ont fait la fortune de milliers de familles. Aujourd’hui, une poignée de serristes tient encore la tradition à bout de bras.

Par Sacrés Gourmands, . 4 min de lecture.

Écouter cet article La lecture à voix haute est réservée aux membres Premium.

Druiven - Raisin - Hoeilaart
Plaisirs Média
Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel

Imaginez des collines couvertes de verre. Des milliers de serres en rangs serrés, qui scintillent au soleil entre la forêt de Soignes et la vallée de l’Ijse. Sous chacune d’elles, une vigne conduite avec une patience d’horloger, dont les grappes pendent comme des lustres. Ce paysage a existé. On l’appelait la Druivenstreek, la région du raisin, et ses villages s’appelaient Hoeilaart, Overijse, Huldenberg, Tervuren.

Pour un lecteur québécois, l’idée paraît presque absurde : faire pousser du raisin de table en Belgique, sous un ciel qui n’a rien de méditerranéen. C’est pourtant là, à vingt minutes de la Grand-Place, qu’est né l’un des fruits les plus raffinés d’Europe.

Un jardinier, une serre, et tout un village qui suit

Tout commence en 1865. Félix Sohie, jardinier à Hoeilaart, construit sa première serre consacrée au raisin, rappelle le site Travel Tomorrow. L’idée fait des petits. Overijse, Huldenberg, Duisburg et même La Hulpe, de l’autre côté de la frontière linguistique, se couvrent de verre à leur tour.

À son apogée, la région compte quelque 3 000 serristes et 33 000 serres, selon L’Avenir (2010). Hoeilaart, à lui seul, en aurait aligné plus de 13 000, d’après le projet documentaire Serrisme, soutenu par la commune. On le surnomme alors le « village de verre ». Le raisin y fait fortune : Hoeilaart devient l’une des communes les plus riches du pays, et ses grappes partent vers la Russie, les îles Britanniques et jusqu’en Amérique.

Il en reste un patrimoine étonnant : des villas de serristes cossues, témoins d’une bourgeoisie rurale née du raisin, et des serres anciennes en fer et en verre aujourd’hui classées, comme celles du domaine de Solheide, à Overijse, protégées par l’Agence flamande du patrimoine.

Druiven - Raisin - Hoeilaart
Druiven - Raisin - Hoeilaart
Druiven - Raisin - Hoeilaart
Druiven - Raisin - Hoeilaart
Druiven - Raisin - Hoeilaart
Druiven - Raisin - Hoeilaart

Le Royal et le Léopold III, deux seigneurs de la grappe

Parmi les variétés cultivées, deux règnent : le Royal et le Léopold III, les plus populaires de la région selon le magazine agricole flamand Boer&Tuinder (2021). Ce sont des raisins noirs aux grains énormes, à la peau fine couverte de pruine, à la chair juteuse et sucrée. Des raisins qu’on ne mange pas distraitement devant la télé.

Le Léopold III, baptisé en l’honneur du roi, a fait la réputation de la région dans les années 1930, rapportait L’Avenir. Comme le Royal, il est issu d’une mutation naturelle, et ce sont justement ces variétés-là que les producteurs jugent les meilleures. C’est aussi le plus convoité et son prix au kilo est autour de 18 euros.

Le secret tient au travail. Chaque grappe est éclaircie à la main, aux ciseaux, pour que les grains restants grossissent sans se toucher. Un travail de dentellière, répété des milliers de fois par saison. Le résultat est protégé : le raisin de table du brabant-flammand a dailleurs reçu une AOC en 2008.

Le verre s’est vidé

Puis le déclin. À partir des années 1960, la culture recule sans cesse. Les raisins du Sud arrivent en camion, moins chers, toute l’année. Les serres chauffées sont des gouffres à énergie, et les repreneurs ne se bousculent pas. Une à une, les serres s’effondrent ou laissent place à des jardins.

Au début des années 2020, on ne comptait plus qu’une dizaine de serristes professionnels, selon Boer&Tuinder. En juillet dernier, la VRT parlait d’environ six. De 3 000 à six : le chiffre se passe de commentaire.

Ceux qui refusent de lâcher

Et pourtant, la grappe résiste. L’acteur flamand Filip Peeters, qui a lancé la saison 2026 en coupant la première grappe dans les serres de Michel De Kerk, à Duisburg, n’a pas mâché ses mots devant la VRT : pour lui, ces raisins comptent parmi les meilleurs du monde, mais leurs producteurs disparaissent faute de relève. Ancien cuisinier au Barbizon, une table étoilée de Jezus-Eik, il se souvenait d’un dessert signature de la saison : un millefeuille aux raisins du coin.

Il y a aussi de nouveaux venus. À Overijse, de jeunes serristes se sont lancés et une relève s’est installée chez des producteurs établis, selon la même VRT. Les communes s’en mêlent : à Hoeilaart, n’importe quel habitant peut louer un pied de vigne dans les serres municipales du Kelleveld pour 75 euros par an, formation comprise, et récolter ses propres grappes en septembre, rapportait la VRT. À Overijse, l’ancien centre d’essai provincial de Solheide propose depuis longtemps un cours pour « devenir serriste ».

D'ailleurs, c'est la variété Royal qui s'en sort le mieux, lors de notre visite chez Mia Michiels à Hoeilaart, celle-ci nous expliquait que le Royal ne nécessite pas que l'on chauffe les serres, net avantage sur le plan du rendement économique.

Si vous passez par là

La saison s’étire de la fin de l’été au début de l’automne, avec un pic en septembre et octobre pour le Léopold III. Le centre d’interprétation Dru!f, à Overijse, raconte l’histoire de la région d’avril à octobre, et des promenades permettent de rencontrer les serristes et d’acheter les grappes directement à la serre, selon Travel Tomorrow.

Achetez-en une grappe. Coupez un grain. Et pensez aux 33 000 serres qui scintillaient là, il y a à peine soixante ans. Ce qu’on goûte, c’est peut-être la fin d’une histoire. Ou, qui sait, le début d’une autre.

Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel Adresse courte : https://plaisirsmedia.com/p/32687

Sauvegarder pour plus tard Réservé aux membres, gratuit.

Nos infolettres

Le meilleur de Sacrés Gourmands dans votre boîte, gratuit, sans créer de compte. Décochez pour recevoir les quatre univers.

Commentaires 0

  • Aucun commentaire pour l'instant.

Connectez-vous pour commenter.

Aussi dans Sacrés Gourmands

Ajoutez Plaisirs Média à votre écran d'accueil

Le site s'installe comme une application, sans boutique : vos univers, votre carte de membre, vos billets et vos Points Plaisirs d'un toucher, lisibles même sans réseau.

Comment ça marche