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Chronique

Les liqueurs amères d’Europe et d’ici : de la gentiane au poivre des dunes

L’histoire des liqueurs amères est intimement liée à celle de l’alcool. Les Égyptiens ont d’abord macéré plantes et herbes dans le vin, mais avec l’avènement de la distillation dans les monastères européens du moyen-âge, c’est désormais avec des spiritueux que les moines herboristes ont concocté leurs élixirs et toniques. Plusieurs grandes marques d’aujourd’hui peuvent d’ailleurs remonter leurs racines jusqu’à la pharmacopée religieuse de la renaissance.

Par Jean-François Pilon, . 6 min de lecture.

Les liqueurs amères d’Europe et d’ici : e la gentiane au poivre des dunes
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De cette tradition sont nés les bitters aromatiques, tels l’Angostura, les liqueurs aux herbes, le Jagermeister, par exemple, mais aussi les apéritifs, comme le vermouth, les apéritifs à la gentiane et les digestifs amers.

Pour aromatiser ceux-ci, on utilise de la gentiane, de l’angélique et du quinquina, plantes reconnues pour leur goût amer. Sont aussi utilisées des plantes digestives comme de la mélisse, de la verveine citronnelle, du genévrier, de l’anis, du fenouil, du curcuma et du gingembre.

On ajoute aussi une pléthore d’herbes et d’épices aromatiques aux vertus variées, dont la menthe, le thym, la sauge, le laurier, les pelures d’agrumes, la réglisse, la cannelle et la cardamome.

L’apéritif à l’italienne

Et s’il y a un pays qui a su complètement embrasser ce type de boissons alcoolisées, c’est bien l’Italie. Campari, Aperol, Cinzano, Fernet-Branca, Ramazzotti : ces grandes marques sont aujourd’hui synonymes d’aperitivo ou encore de l’apéritif à l’italienne. D’ailleurs, de très nombreux cocktails et long drink demandent spécifiquement de les utiliser, notamment l’Apérol spritz ou le negroni.

Il faut dire que quelques-uns existent depuis près de deux siècles comme l’Amaro Ramazzotti, premier amer italien inventé en 1815 par le pharmacien milanais Ausano Ramazzotti. Il est fait, entre autres, avec de l’écorce d’oranges, de la cardamome, de la myrrhe, du galanga, et de la cannelle. Il se boit en digestif, souvent sur glace, mais aussi en apéritif, avec du soda et une tranche de citron.

Prenons le Fernet-Branca, créé entre 1835-45, utilisant du safran et tellement populaire en Argentine que seuls le vin et la bière le surpassent en termes de vente de boissons alcooliques. Bien que considérée comme la boisson amère la plus connue du monde, elle est toujours fabriquée dans l’édifice milanais que les frères Branca ont fait construire en 1911, où il est élevé dans 550 grands foudres pendant environ une année.

Mais la France n’est pas en reste. Prenons l’exemple de Gaëtan Picon, ce marseillais qui développa son amer éponyme à base de gentiane, de quinine et de zestes d’orange sucrés pour les soldats de l’armée coloniale lors de la conquête de l’Algérie. Son Picon bière possède encore aujourd’hui son lot d’amateur. Sans oublier le toujours très populaire Suze.

Les amers d’ici

Nul besoin de louer un hôtel privé sur les berges du lac Como ou de faire le grand tour de la Riviera pour profiter de ses fantastiques liqueurs ou de l’un des nombreux cocktails qu’il permet de réaliser. Car avec leur popularité grandissante, il est désormais possible de s’en procurer qui ont été élaborés ici même au Québec.

Et les Spiritueux Iberville ont joué un rôle important dans l’avènement de ce type de boisson dans les microdistilleries d’ici avec le lancement de l’Amernoir, l’Amermelade puis de l’Amer Amer. Il faut dire que Mario D’Amico, son fondateur, est le petit-fils d’un immigrant italien arrivé au Québec en 1953. Il a donc puisé dans les flaveurs et recettes familiales pour élaborer ses liqueurs amères, tout en y incorporant une touche locale : fraises du Québec, myrique baumier, argousier et poivre des dunes.

Aujourd’hui, propulsés par la popularité du spritz et du negroni, plusieurs autres distillateurs québécois ont mis en marché leurs propres amers grandement inspirés des classiques italiens et français.

Les Spiritueux Iberville

Amernoir, 31 %

Présentation

Bel exemple d’un mariage québéco-italien réussi, cette liqueur amère est un hommage aux origines de Mario D’Amico Sr tout en incluant des ingrédients de la contré qui l’a accueilli, comme le poivre des dunes québécois. Amernoir tient à vous offrir toute l’expérience raffinée du digestif à l’italienne avec cette légère et mémorable touche d’amertume.

Description

Dans le verre, on découvre un nez aussi sombre et profond que la robe de l’Amernoir. On y retrouve du bois, du chocolat, des épices. Cette boisson complexe est et à la fois douce, amère, végétale, épicée et citronnée. Sa finale anesthésie délicatement la langue..

Suggestion

À essayer dans un Goodnight Irene : moitié-moitié avec du rye, servi sur glace, décoré d’une tranche de citron.

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