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Chronique

Le Japon et son uisuki

Le whisky japonais (uisuki) doit beaucoup à un homme : Masataka Taketsuru. Né en 1894 dans une famille de brasseurs de saké, ce chimiste est embauché par une société japonaise, et part en 1919 pour l’Écosse. Il y étudiera la chimie organique à l’université de Glasgow et travaillera dans les distilleries de Hazelburn, Longmorn et de Bo’ness.

Par Jean-François Pilon, . 6 min de lecture.

Le Japon et son uisuki
663highland (CC BY-SA)
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De retour au pays, il se rend bien vite compte que ses patrons ne distilleront jamais. Il rejoindra alors la compagnie qui allait devenir Suntory pour fonder la distillerie Yamazaki, en 1923, sur le bord de la vieille route reliant Kyoto au port d’Osaka.

Une divergence d’opinions quant au choix de cet endroit amènera d’ailleurs Taketsuru à quitter l’entreprise une fois son contrat terminé. Son patron, Shinjiro Torii, préférait ce lieu ayant un accès facile au transport et à trois sources d’eau.

Quand Taketsurusan pu enfin créer sa propre distillerie, il regarda loin au nord, très loin. C’est en effet sur l’île d’Hokkaido, à la même latitude que Vladivostok, malgré le froid et l’immense distance le séparant de Tokyo, qu’il bâtit sa distillerie, encouragé par sa femme Rita, qu’il avait rencontrée en Écosse. C’est donc dans un petit village de pêcheur entouré de montagnes que la compagnie Nikka fut fondée.

La légende dit qu’il lui aura fallu trois années à parcourir le Japon de long en large avant de trouver l’endroit idéal pour construire sa seconde distillerie, Miyagikyo. C’est finalement sur le bord de deux rivières, juste à l’ouest de Sendai, dans la vallée de Miyagi, qu’il arrête son choix en 1969.

Des distilleries autosuffisantes

C’est aussi ici qu’il fera importer son Coffey still, encore utilisé aujourd’hui, directement d’Écosse. Il peut ainsi avoir accès à une vaste gamme de distillats différents. Car, contrairement à ce qui se fait en Écosse, au Japon on garde jalousement son whisky pour soi. Pas question donc de vendre ou d’échanger des barils afin de confectionner des blended whiskys : chaque compagnie doit être autosuffisante.

C’est d’ailleurs autour des blends que le whisky japonais a fait sa fortune et a appris à devenir japonais. En effet, le premier blend de Suntory, le Shirofuda, était trop lourd et fumé, trop écossais, quoi. Toriisan décida d’aller à l’inverse pour son deuxième assemblage, le très léger Kabukin, encore parmi les plus populaires au pays du soleil levant à ce jour.

Quand Masataka Taketsuru perdit son épouse, il mit toute sa fougue et son énergie à créer l’ultime blend japonais : Nikka Super. Une représentation liquide de l’amour sans borne qu’il portait à son Écossaise partie trop tôt. Il s’éteint à son tour en 1979 à l’âge de 85 ans. Lui et Rita reposent ensemble, à Yoichi. L’histoire du couple a depuis inspiré une minisérie, Massan, au Japon.

Toutes les distilleries du pays du soleil levant utilisent presque uniquement de l’orge maltée écossaise, car celle produite dans l’archipel ne serait pas d’une assez grande qualité pour combler les standards élevés des distillateurs japonais. Le chêne local, le mizunara est, quant à lui, abattu pour confectionner des barils. Aux dires des maîtres de chai nippons, ce bois nécessite par contre plusieurs années – au moins 18 ans – avant de révéler toute sa complexité.

Le prix du succès

Présentement, le whisky japonais vit un véritable boom. De tout temps populaire dans son archipel d’origine, il est aujourd’hui tout aussi en demande partout ailleurs dans le monde. Si bien que Nikka et Suntory, possédant 80 % de cette industrie, ont retiré la mention d’âge de pratiquement tous leurs produits.

Et de plus en plus d’entreprises semblent profiter des largesses des règles et lois entourant le whisky japonais pour faire passer des whiskys d’ailleurs pour Nippons. En effet, là-bas, nul besoin de dire d’où provient le distillat utilisé. Alors, soyez prudent et averti.

Suntory

Hibiki Japanese Harmony Blended whisky, 43 %

Présentation

Cet assemblage de plus de 10 whiskys japonais sans mention d’âge se veut le reflet de la société japonaise moderne : lumineux et délicat, mais dont la limpidité cache tout de même une riche complexité. Les malts proviennent de Yamazaki et Hakushu, le grain de Chita.

Description

Le nez est fruité, floral et délicatement mielleux. En bouche, ce whisky offre une délicate douceur avec des notes florales et d’agrumes délicatement boisées, se terminant sur des épices et du bois.

Suggestion

Servir sur une énorme boule de glace, comme au japon.

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