Aller au contenu
Plaisirs Média

Recettes, produits, adresses et plaisirs de table

Sacrés Gourmands › Spiritueux › Whisky

Chronique

Le Moonshine : le distillat de contrebande se légitimise

Qu’on l’appelle « Moonshine », « Whitedog » ou « chien blanc », une véritable aura illicite entoure encore et toujours ce spiritueux. Historiquement, on distillait la bière au clair de lune, éludant ainsi les questions inconfortables des gens du fisc.

Par Jean-François Pilon, . 8 min de lecture.

Le Moonshine : le distillat de contrebande se légitimise
Jean-François Pilon
Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel

La tradition est née dans les vallées écossaises des Highlands durant le règne de Charles 1er au 17e siècle. Avec ses prédécesseurs, faire du whisky était devenu monnaie courante pour les fermiers écossais. Il s’agissait en effet d’un excellent moyen de rentabiliser sa récolte tout en évitant de perdre son grain à la moisissure ou aux bestioles.

Mais tout cela changea avec l’arrivée de Charles 1er sur le trône en 1626. Celui-ci entreprit de pacifier, c’est-à-dire d’angliciser l’Écosse et l’Irlande. Une série de mesures de plus en plus restrictives et impopulaires amena à la révolte dans les îles britanniques. L’armée anglaise en avait plein les bras. Pour régler la facture de cette campagne interne, la décision ultime tomba : taxons la fabrication du whisky.

La réaction fut immédiate et forte, le sang se répandit dans les Highlands. Et dans les glen, ou vallées, c’est le whisky qui lui s’écoulait sans répit, nuit après nuit. Le distillat clair et limpide ainsi obtenu était nommé « Moonshine ». Mais, attention : ce spiritueux a du mordant, d’où son autre surnom, « Whitedog » ou « chien blanc ».

D’Écosse jusqu’en Amérique

Si en Écosse, on utilisait surtout de l’orge maltée, de ce côté-ci de l’Atlantique, le maïs était, et est encore roi. Dans les Appalaches, les colons virginiens, qui arrivèrent dans ce qui deviendra le Kentucky, en trouvèrent en bonne quantité, amenés du Mexique plusieurs siècles auparavant par les autochtones.

Ces mêmes autochtones donneront bien du fil à retordre aux blancs qui leur prenaient leurs terres. L’aide ne viendra pas des 13 colonies, mais plutôt de Versailles. On baptisa donc ce coin d’Amérique, Bourbon County, du nom de la famille qui régnait en France. Le président Washington, à l’instar de la monarchie qu’il avait chassée, décida de taxer la distillation. Des deux côtés des Appalaches, la Whiskey Insurrection fit rage, car il était hors de question d’envoyer un cent vers ceux qui les laissaient choir. L’armée s’en mêla. Plus de ressentiments et de grincements de dents.

Le Moonshine prit racine, si bien qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui en fabriquent encore dans les montagnes des Appalaches. Et même si, dans les faits, le prix demandé dépasse habituellement celui des bourbons de qualité, les contrebandiers trouvent facilement preneurs.

Au Québec

Dans notre belle province, il n’y pas une aussi riche tradition de distillation. Si on brasse de la bière depuis l’intendant Jean-Talon, ce n’est qu’après la Guerre de la conquête et de l’arrivée des Britanniques que les premiers whiskys québécois seront créés. Depuis, plusieurs canadiens-français se sont mis à faire de la bagosse ou baboche; déformation de bagasse, mot dérivé de l’espagnol bagazo pour « marc », ce que les Italiens appellent « grappa ».

Tout aussi illégale, on la prépare dans les montagnes certes, mais surtout dans les cabanes à sucre. Quel meilleur endroit? On y fait déjà bouillir tout plein d’eau d’érable!

On choisit alors « whisky blanc » pour désigner ici ce distillat. Bien qu’il soit impossible de l’étiqueter en tant que tel, on comprend mieux le lien qui unit les deux produits : il suffirait que d’un baril et de trois années au moins pour le transformer en véritable whisky.

Aujourd’hui, l’Amérique vit une renaissance du Moonshine. Propulsé par des émissions telles que « Moonshiners » et de la venue des microdistilleries, ce spiritueux est désormais disponible partout et de manière tout à fait légale. Et nos distillateurs artisanaux en profitent de plus en plus.

Les Distillateurs Subversifs

Chien blanc, 50 %

Présentation

Distillé en petits lots à partir d’un mélange de grains principalement composé de maïs de Saint-Alexandre auquel est ajoutée une petite quantité de seigle et d’orge maltée de la Malterie Frontenac. Une collaboration entre la microdistillerie Les Subversifs et la microbrasseries Les Trois Mousquetaires.

Description

Le Chien blanc offre un nez fruité et épicé avec une douceur agréable d’esters et de Rye. La bouche est toute aussi douce et fruitée, avec une belle texture légèrement crémeuse. On dirait une crème glacée vanille et fraise. La finale est propre, douce et fruitée.

Suggestion

Bien qu’il pourrait remplacer la vodka dans n’importe quel cocktail, il vaut la peine d’être essayé tel quel dans un verre Glencairn.

Appréciation

Non seulement un excellent distillat, mais un spiritueux de haute qualité point final, si bien que le mettre en fût devient optionnel.

Les Distillateurs Subversifs

Chien blanc (121 jours en fût)

Présentation

Le même Chien blanc que précédemment, mais cette fois-ci ayant passé quatre mois dans le petit fut de 5 L faisant partie du kit de vieillissement que les Distillateurs Subversifs offrent en importation privée sur leur site web, subversifs.ca. Toujours impossible de qualifier ce produit de whisky, on pourrait par contre parler de distillat de grain reposé sur bois.

Description

Toujours aussi doux, le nez a maintenant acquis des notes de caramel roux et légèrement épicé, avec une pointe d’acidité. En bouche, c’est du butterscotch crémeux et beurré avec les épices du seigle se faisant sentir de belle façon. La finale ramène un peu le maïs, mais avec délicatesse.

Suggestion

Celui-ci est bien simple : on le prend avec un bon vieux Parmigiano Reggiano bien craquant et des pacanes pralinées.

Appréciation

Précédemment, je proposais de ne pas nécessairement faire vieillir votre Chien blanc, mais assurément sa complexité ne fera que s’accroître. Je le note comme un très bon whisky.

Distillerie du St. Laurent

Moonshine St. Laurent, 47 %

Présentation

La suite est réservée aux membres Premium

Cet article a plus de 30 jours : il fait maintenant partie des archives, réservées aux membres Premium. L’abonnement coûte 30 $ par année et donne accès aux trois univers, aux rabais chez les partenaires et au Concierge Terroir.

Devenir membre Premium Déjà membre ? Connectez-vous

Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel Adresse courte : https://plaisirsmedia.com/p/26488

Commentaires 0

  • Aucun commentaire pour l'instant.

Connectez-vous pour commenter.

Aussi dans Sacrés Gourmands

Ajoutez Plaisirs Média à votre écran d'accueil

Le site s'installe comme une application, sans boutique : vos univers, votre carte de membre, vos billets et vos Points Plaisirs d'un toucher, lisibles même sans réseau.

Comment ça marche