Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
Le Plan Côte-Nord
C’est à 2013 que remonte l’ouverture de la Microbrasserie St-Pancrace à Baie-Comeau, la toute première brasserie artisanale dans la région de la Côte-Nord à l’époque. Elle mise, dès ses débuts, sur son identité nord-côtière et se plait à mettre en valeur la région à travers les produits offerts à son pub, tant en cuisine que sur ses pompes. Éprise de son milieu et bien vivante, elle s’investit aussi dans des projets qui invitent le reste de la province à découvrir ce vaste territoire majestueux.
Par David Sparrow, . 14 min de lecture.
Au cœur du projet se retrouvent notamment trois « étrangers », Pierre-Antoine Morin, André Martin et Daniel Poirier, qui, plus jeunes, s’adonnaient au brassage maison, ainsi que la Nord-Côtière de souche, Karine Savard, qui possédait d’emblée de l’expérience pertinente en restauration et une bonne connaissance de la région.
« Nous sommes tous les trois [gars] venus dans la région pour travailler dans un domaine autre que la bière. On s’est connus grâce à des amis qui trouvaient qu’on avait des points en commun, notamment une passion pour la bière artisanale. », raconte Pierre-Antoine Morin qui se charge aujourd’hui du développement des ventes pour la brasserie. « La rencontre de Karine et l’expérience qu’elle apportait ont permis de donner de la crédibilité à un vrai projet de brasserie… », ajoute-t-il.
Lorsque le local reluqué par le groupe depuis un certain temps devient disponible, le tout s’entame officiellement. Après quelques embuches, entre autres une grève dans le secteur de la construction, l’ouverture du pub au 55 place LaSalle a finalement lieu avec l’ancien système de brassage de Pit Caribou. L’accueil de la population est instantané.
Peu expérimentée dans le brassage professionnel, l’équipe choisit de proposer des styles plus classiques pour éventuellement élargir sa gamme à mesure que les gens du coin développent leur goût et que les brasseurs, eux, accroissent leurs habiletés en matière de brassage.
« Nous avions déjà quelques bières maison appréciées de nos amis, notamment la Uapishka, notre Witbier, qui est encore notre plus populaire aujourd’hui. On souhaitait vraiment satisfaire le désir de goût des gens de la région avec nos bières et ç’a été tout naturel de travailler avec les entreprises locales pour développer des produits », indique Pierre-Antoine.
Pour le nom de la brasserie, les quatre propriétaires se sont inspirés de la baie St-Pancrace, un site splendide, doté de falaises abruptes, et situé à proximité. L’endroit est idéal pour observer la faune et la flore de la région.
Trésors gustatifs insoupçonnés
Passionnée par son milieu, la brasserie prend part en 2015-2016 à un projet de recherche avec le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale du Cégep de Baie-Comeau afin de dresser une liste des petits fruits de la forêt boréale, d’identifier les plus prometteurs pour la production de bières fruitées et d’en faire quelques essais. Pour la brasserie, ces bières originales sont une façon de se démarquer dans le marché, mais surtout d’affirmer son identité nord-côtière.
« C’était un cheminement très systématique et ça s’est avéré formateur pour nous, car on a expérimenté plusieurs façons de faire et l’on a créé de bons contacts avec des producteurs du coin », poursuit Pierre-Antoine. Camerise, argousier, framboise arctique et chicouté sont parmi ces petits fruits que l’on retrouve de plus en plus sur les tables gourmandes… et dans les cuves à bière de la province.
D’ailleurs, l’essence même du projet de St-Pancrace repose sur la possibilité de collaborer avec des producteurs locaux et régionaux et c’est d’autant plus ce que sa clientèle souhaite. L’ardoise est développée en fonction des commerces avoisinants (boucherie, boulangerie, etc.) et s’oriente autour des délices de la mer, notamment bourgots, crabe, crevettes, et turbot. Les classiques du pub y sont réinventés afin de faire une place aux produits de la région et surtout de faire plaisir aux affamés.
Un besoin d’expansion
La microbrasserie est éventuellement confrontée au même problème que plusieurs autres après quelques années d’opération et peine à fournir à la demande grandissante pour ses produits. On décide ainsi de se doter d’une usine qui devient l’unique point de brassage. « On souhaitait conserver l’unité dans l’équipe de brassage et garder une gestion simple des équipements et de l’entretien », explique Pierre-Antoine.
Sise au 110, boulevard Comeau, à quelques minutes du pub, l’usine permet de considérablement augmenter la production et de distribuer des produits un peu partout à travers la province. On en profite aussi pour revamper l’image de la brasserie question de mieux représenter la Côte-Nord à l’extérieur de ses frontières et d’éventuellement faire des produits une carte de visite pour les amateurs de bières artisanales. Le visuel met en valeur des lieux, des légendes, des paysages et des réalités de la région. Ce concept des plus réussis ne fait que s’embellir avec le passage au format canette, plus portatif, un choix s’imposant en raison des bières adaptées au mode de vie des gens de la région, lequel est justement très axé sur le plein air.
En symbiose avec la Côte-Nord
L’image de la brasserie, les bières créées, de même que les ingrédients mis de l’avant dans les recettes puisent leurs inspirations dans la région et son identité. St-Pancrace cherche ainsi, avant tout, à concocter des bières qui s’agencent à des lieux, des moments et des activités bien précises des Nord-Côtiers. L’équipe s’imagine la bière idéale pour l’occasion ou le lieu souhaité et lui donne vie. On les appelle les bières territoires; un accord qui se ressent au-delà du goût.
Tout récemment, la brasserie s’affairait sur une collaboration régionale avec la La Mouche de Natashquan, la Microbrasserie de Tadoussac et la Compagnie de Sept-Îles afin d’initier un mouvement, Boire Côte-Nord, qui permettra de faire rayonner davantage l’offre brassicole de la région et surtout d’inviter les gens à visiter ce vaste territoire. On a même pris soin d’inclure une carte géographique sur la canette de la bière produite, La Trail 09, afin de vous inspirer un road trip. La localisation des brasseries y est indiquée, de même qu’une charte des distances qui les séparent, en heures!
St-Pancrace compte aussi pour voisin la microdistillerie Vent du Nord qui produit le réputé gin Norkôtié, une proximité qui laisse présager d’autres excellentes collaborations à venir. D’ailleurs, les premières canettes font tranquillement leur apparition dans les points de vente de la province; la bouteille sera dorénavant réservée à des produits spéciaux et assemblages, en format de 750 ml, issus du chai.
« On s’est fait une salle de fermentation séparée pour tous nos produits sauvages qui miseront sur des fruits acidulés en grande quantité et des barriques diverses. Beaucoup de plaisir à venir », annonce Pierre-Antoine. « On parle de bières lentes et patientes pour ces cuvées territoire, on s’assurera de leur laisser le temps qu’il faut », ajoute-t-il. Les premiers produits issus du chai devraient néanmoins apparaître vers la fin de l’été en quantité limitée. Bon plan!
Brasser pour s’investir dans son milieu
Les fondateurs Daniel Poirier, Karine Savard, Pierre-Antoine Morin et André Martin.
Après ses études en environnement et en développement régional, André Morin souhaite trouver un emploi qui lui permettra de s’investir dans son milieu. Lorsque l’opportunité de le faire en compagnie d’amis se présente, aux cuves d’une brasserie artisanale, il n’hésite pas à aller de l’avant.
C’est lors de ses études universitaires à Québec qu’André Morin, originaire de l’Abitibi, commence à sérieusement se passionner pour la bière de microbrasserie, notamment grâce aux produits de La Barberie qu’il affectionne particulièrement.
Lorsqu’il déménage sur la Côte-Nord pour le travail, il réalise rapidement que la bière artisanale s’y fait rare. En compagnie d’amis brasseurs amateurs, il décide de prendre les choses en main afin de mettre de l’avant des bières pour et par les Nord-Côtiers. Quelques années plus tard, le directeur de production s’y consacre toujours.
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