Chronique
Les bulles de la bière
Les Nord-Américains trouvent la real ale anglaise flatte. Les Allemands disent de la bière traditionnelle belge qu’elle est beaucoup trop pétillante. Les brasseurs fermiers de la Finlande ne comprennent pas pourquoi on voudrait gazéifier leur Sahti... À force de voyager sur la planète brassicole, on remarque que la texture d’une bière considérée idéale par les locaux varie énormément d’une culture à l’autre. Et un des facteurs qui influent le plus sur le corps de ces bières, peu importe le continent où on se trouve, est la gazéification. En d’autres mots, les bulles de la bière ne sont vraiment pas appréciées de la même façon partout sur la planète.
Par Martin Thibault, . 7 min de lecture.
Naturelles ou artificielles?
Si on résume, il y a deux grands modes de gazéification possibles : le premier produit des bulles dites « naturelles » et l’autre « artificielles ». Chez nous en Amérique, la très grande majorité des bières en bouteilles, en canettes et en fût dans les bars, sont gazéifiées via un ajout de CO2 par la main de l’homme. En d’autres mots, les bulles de notre bière, plus souvent qu’autrement, ne proviennent pas de la fermentation. Elles sont injectées directement dans la bière dans des cuves de conditionnement via un approvisionnement en gaz carbonique par la brasserie. C’est ce qu’on appelle la gazéification artificielle. Pour obtenir des bulles naturelles, il faut qu’elle soit issue de la fermentation et donc, que le perlé de la bière provienne de la fermentation primaire des sucres des céréales par le travail des levures ou d’une refermentation dans le contenant où est maintenue la bière, que ce soit une bouteille, une cannette ou un fût.
Ceci dit, peu importe comment la brasserie s’y prend, il ne faut surtout pas s’attendre à ce que la bière soit gazéifiée à la même intensité partout sur la planète.
Quelques bulles par-ci, un geyser par-là
À force de goûter aux bières produites sur chaque continent, il est fascinant de remarquer à quel point les bulles ne sont pas perçues de la même façon par les brasseurs de la planète. Parfois bien importante, par exemple ici en Amérique du Nord, parfois à peine secondaire, cette effervescence fait le bonheur des buveurs de bière. Mais leur intensité ne fait pas du tout l’unanimité. Voici donc un guide succinct qui vous aidera à mieux comprendre la vaste étendue de textures possibles dans l’univers de la bière, vue uniquement à travers la production de ces bien belles bulles.
Gazéification quasi-absente
Dans bien des contrées de brasseurs et de brasseuses traditionnelles, la bière n’est pas gazéifiée. Les quelques bulles qui demeurent dans la bière y arrivent seulement via la fermentation et, règle générale, ces mêmes bières sont servies lorsque la fermentation est terminée. Il y a donc très peu d’effervescence, voire même aucune parfois, dans les Bang Chang et Sin Chang du Bhoutan, dans la Tella et la Corafe des Éthiopiens, dans la Makgeolli des Coréens, dans la Sahti des fermiers finlandais, dans la Kaimiskas Alus des Lituaniens, etc… Dans toutes ces cultures brassicoles ancestrales, on préfère donc boire sa bière pour goûter un jus de céréales fermentées, non pour avoir un breuvage avec une texture picotante. Leur logique est simple : s’il y avait des bulles, on goûterait moins les céréales et leurs sucres.
Exemples au Québec
Hormis quelques brassins spéciaux produits chez Oshlag il y a quelques années, comme la Bang Chang et la Chicha Quechua, et la Midgard, une Sahti brassée chez Vrooden, les tablettes et les bars du Québec n’offrent que très rarement des bières tranquilles.
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