Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
La brasserie qui mène à bon port
Située au cœur de Saint-Jean-Port-Joli, à la limite de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent, Ras L’Bock prépare à merveille l’entrée sur la route des bières de l’Est avec une vue qui rend au fleuve toute sa splendeur et qui caractérise la 20 dans cette région du Québec. Grâce à sa toute récente usine située à La Pocatière, elle joint officiellement les rangs des brasseries de la route des bières de l’Est et s’apprête à inonder la province avec ses canettes. Presque.
Par David Sparrow, . 13 min de lecture.
Les trois propriétaires, Alexandre Caron, David Lebel et Julien Chouinard, sont à l’origine des amis d’enfance du coin, et issus de familles originaires de Saint-Jean-Port-Joli depuis plusieurs générations. L’idée de démarrer un projet qui allait les réunir à cet endroit a donc toujours été des plus souhaitables.
Comme plusieurs jeunes, ils quittent la région pour aller étudier et c’est à Jonquière qu’Alex découvre La Voie Maltée et tout l’aspect local rattaché à un tel projet de brasserie artisanale régionale. À force de revoir ses deux comparses dans son patelin d’enfance lors de diverses occasions annuelles, Alex parvient à les embarquer dans son projet brassicole. « Ils sont rapidement devenus aussi, voire plus, passionnés que moi! », indique-t-il d’ailleurs.
« Il y avait un gros vide sur la 20 en matière de bière artisanale donc c’était aussi un moment opportun pour se lancer dans un tel projet », renchérit Alex. La ville est très touristique l’été et on y compte plusieurs restaurants qui fonctionnent très bien malgré la population d’environ 3500 habitants. Celle-ci triple pratiquement en saison estivale. « On voyait le potentiel du projet ici et on savait que ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose de similaire se concrétise », ajoute le jeune brasseur.
Les trois amis se mettent au brassage de façon assidue et annoncent à l’avance leur intention de démarrer une brasserie artisanale dans la ville, question de préparer le terrain, ce qui leur permettra également de dénicher un local exceptionnel aux abords du fleuve avec une vue à couper le souffle.
« Le Café Bistro OK situé en bas nous a proposé de faire construire un deuxième étage pour nous et de nous louer le tout à bon prix. Ça tombait très bien, car on ne voulait pas démarrer un restaurant, mais on souhaitait vraiment offrir un peu de bouffe à notre clientèle », poursuit-il. Le menu s’avère d’ailleurs un heureux complément au pub du deuxième étage.
Pour amasser une mise de fonds qui leur permet de financer le projet, l’équipe vend des cartes de membre à vie permettant aux titulaires de bénéficier de divers rabais alléchants. Le tout génère un certain engouement, ce qui fait parler d’eux avant même l’ouverture.
Vivement l’été 2015
Le 1er mai 2015, le pub ouvre ses portes; les premières bières maison, brassées à quelques mètres de là font, quant à elles, leur apparition aux environs de la Saint-Jean-Baptiste. Les premières bouteilles apparaissent sur les tablettes à l’automne 2015. Certaines bières, notamment la Solution, une IPA américaine, fonctionnent bien dès le départ.
Depuis, la brasserie a gagné en popularité grâce notamment à ses IPA et à ses audacieuses offrandes dont la Sen˜or Cacao, un Caramilk Stout, ainsi que les versions printanières de sa Pilsner Sainte-Bénite de..., brassée annuellement avec de l’eau de Pâques.
La capacité d’agencer une idée loufoque à une bière réussie est d’ailleurs l’une des forces de la brasserie. Ainsi, pas besoin d’être un amateur de lutte, d’arborer un nom de matante ou d’être plus catholique que le Pape pour apprécier les produits de Ras L’Bock. On ne cherche pas non plus à tourner le tout au ridicule et la clientèle le comprend bien; même que chaque printemps, certaines églises du coin s’assurent de réserver leurs bouteilles de Sainte-Bénite.
De la bière à La Pocatière
Les projets se succèdent rapidement depuis l’ouverture. Après la création d’un chai à la brasserie, l’équipe se met à travailler sur une nouvelle usine située à La Pocatière qui permet d’accentuer la production. Une boutique y offre la possibilité de se procurer les produits sur place alors que l’ajout d’un biergarten estival est actuellement considéré. La proximité de Le Labo – Solutions brassicoles, une entreprise spécialisée dans les levures de bière, permet aussi d’envisager plusieurs collaborations et explorations. L’emplacement de la nouvelle usine située à une vingtaine de minutes de Saint-Jean-Port-Joli concrétise aussi officiellement l’entrée de Ras L’Bock dans la route des bières de l’Est.
Ce sont principalement des canettes de 473 ml de produits phares de la brasserie qui sortiront des nouvelles cuves : la Solution, une IPA américaine; la Juteuse, une White IPA; la Bam Bam, une IPA citron gingembre et; la Monsieur Madame, une Kolsch qui s’inscrira probablement dans une rotation de blondes au fil des saisons. Une autre offrande saisonnière éphémère sera possiblement offerte également.
« On mise surtout sur les IPA, car c’est ce qu’on aime beaucoup et ça se prête bien à la canette », explique Alex. La brasserie compte plusieurs autres recettes et celles-ci continueront évidemment de voir le jour en bouteille. Mieux encore, allez y faire votre tour et abreuvez-vous directement aux pompes!
Le plaisir comme mission première
Précurseur de Ras L’Bock, Alexandre Caron a été le premier de sa gang à s’emballer pour la bière artisanale. Ses comparses ont toutefois rapidement emboîté le pas. S’il n’est plus le plus impliqué dans les opérations de brassage, Alex contribue toujours autant au développement des nouveaux produits et aux directions prises par l’équipe de brassage.
Alex a découvert la bière artisanale avec Unibroue, La Barberie, Le Naufrageur et Pit Caribou à une époque pas si lointaine où les produits se faisaient plus rares et voyageaient moins. C’est toutefois alors qu’il réside au Saguenay, qu’il a la piqûre pour cette industrie en découvrant notamment les offrandes éphémères de la Voie Maltée et la philosophie de brouepub qui mise sur le local. Une fois convaincus, les trois amis ne lésinent pas et se mettent sérieusement au brassage.
La première bière que vous avez brassée?
C’est la seule bière qu’on a vraiment ratée! C’était une Belgian Strong Ale à environ 9 % qui avait fermenté à moitié et qu’on avait tout de même continuée... C’était notre première tout grain. Plus tard, elle est devenue la Deux Brett en Or avec ajout de brettanomyces et un séjour en barriques de vin. La deuxième tout grain a beaucoup mieux fonctionné, c’est La Solution, la bière qu’on a le plus brassée depuis. On brassait une à deux fois par semaine à cette époque.
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