Chronique
Quand l’offre engloutit la demande
Il fut un temps où les détaillants devaient courir après les brasseurs pour remplir leurs étagères. Mais, alors qu’aujourd’hui l’offre dépasse largement la demande et que le marché se sature, les rôles se sont inversés.
Par Anne-Marie Luca, . 6 min de lecture.
Même avec ses réfrigérateurs et ses ilots centraux qui peuvent accueillir 650 bières à Granby et 350 à Saint-Césaire, Jason Gaouette, le propriétaire de ces deux marchés IGA, ne peut pas se permettre de tenir la gamme complète des microbrasseries. « Avoir tout le portefeuille d’une compagnie, avec quatre nouveautés par commandes, ça me donnerait du fil à retordre, illustre-t-il en exemple. Il faudrait que ça s’écoule vite, et, pendant ce temps, je ne pourrais pas offrir d’autres produits que les gens recherchent. »
Or, il y a à peine cinq ans, il possédait tous les produits de l’ensemble des brasseries de la province. « On devait courir après les producteurs, raconte-t-il. Mais maintenant, ça a complètement changé. C’est eux qui nous courent après. »
C’est également ce que constate Vicky Ouellet, de la microbrasserie Les Trois Mousquetaires. « Il y a environ cinq ans, c’était facile, tout le monde avait tous nos produits, tout le temps. Mais ce n’est plus comme ça », observe la copropriétaire de la brasserie, dont la majorité des 5000 hectolitres distribués en 2018 étaient concentrés au Québec.
Car les consommateurs n’ont pas fini de chercher la nouveauté, et les brasseries poussent comme du houblon non taillé et créent, encore plus vite, des nouveautés. L’Association des microbrasseries du Québec a d’ailleurs dénombré en novembre dernier un total de 28 nouveaux permis de brasseur industriel en un an, pour un total de 156. Selon leurs données, les brasseries se développent de façon exponentielle depuis 2012, ayant plus que doublé (68 %) en six ans.
En matière de bouteilles, c’est plus de 600 nouveaux produits qui sont sortis sur le marché en 2018, d’après Bières et plaisirs qui a listé un peu plus d’une centaine de nouveautés dans chacun des six numéros. Le Québécois, lui, a consommé en moyenne 250 bouteilles en 2016, selon un rapport publié en janvier 2018 par le Conference Board, sur l’empreinte économique de la vente de bières au Canada. Même le plus geek des geeks n’a pas le temps de découvrir toutes les nouveautés de l’année.
Les brasseries jouent du coude
Grâce notamment à la notoriété que l’entreprise a acquise au court de ses quinze ans d’opération, Les Trois Mousquetaires parvient à continuellement trouver sa place, même avec la concurrence qui devient de plus en plus féroce. Mais non sans effort, précise Vicky Ouellet. « On ne peut pas s’asseoir sur nos lauriers, dit-elle. Et l’on travaille fort, autant sur nos produits que sur la relation avec nos clients. »
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