Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
Libre comme l’air… des Îles
En 2002, Élise Cornellier Bernier vendait tout et prenait un aller simple vers les Îles de la Madeleine pour retrouver son âme-sœur, Anne-Marie Lachance. Originaire de Mont-Saint-Hilaire, elle traînait dans ses bagages quelques années d’expérience en brasserie, d’abord au Bilboquet et à la Microbrasserie aux Quatre Temps où elle est passée par plusieurs étapes du brassage, et surtout, des idées créatives plein la tête. Ensemble, les futures associées allaient implanter la première microbrasserie à l’est de Québec.
Par Valerie R. Carbonneau, . 5 min de lecture.
À l’abri de la Tempête porte bien son nom. Inspiré d’un album de Jim Corcoran et Bertrand Gosselin que les grandes complices se plaisaient à écouter ensemble, il fait référence aux débuts de l’aventure et illustre bien l’emplacement où elles ont décidé de poser l’ancre. « Notre bâtisse abritait une usine de transformation de crabe abandonnée après un incendie. Il y avait, dans ce qui était pour devenir la brasserie, un vieux char monté sur des blocs, le garage avait été vandalisé après le feu et la tôle était finie... Cet hiver-là, le chemin étant fermé, on a dû transporter tout notre matériel sur un traîneau. C’est étrange, mais on se sentait en sécurité à l’intérieur du bâtiment qui tremblait et craquait de partout », se souvient Élise.
Faute de zonage agricole aux Îles, avant même d’entamer les procédures pour décrocher un permis à la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), elles ont dû aller chercher une autorisation du ministère de l’Environnement pour s’implanter. En effet, le périmètre qu’elles avaient sélectionné était zoné Industriel lourd. Aujourd’hui, l’endroit qui domine la dune de l’Ouest est bucolique. Mais, le parcours qui s’est étendu sur trois ans n’aura pas été de tout repos… « On est installées au beau milieu d’un environnement fragile avec des espèces de fleurs, de plantes et d’animaux endémiques à notre région. Et les exigences du ministère de l’Environnement sont sévères… » Ajoutons à cela les coûts d’approvisionnement élevés alors que tout est livré par bateau et les grosses sommes d’argent consacrées aux inventaires immobilisés, en l’occurrence des milliers de dollars en matières premières qui dormaient dans leur entrepôt. Si les défis insulaires sont nombreux, le caractère solidaire et le sentiment d’appartenance propre aux Madelinots eux, ont certainement leur chapitre dans l’histoire de leur succès. À preuve, 65 % de la production de la micro est distribuée ici même dans un rayon de 60 km.
Élise s’est improvisée malteuse pendant cinq ans avant que la microbrasserie troque ses équipements de maltage pour accueillir une ligne d’embouteillage. « On était la première micro en Amérique du Nord à cultiver l’orge; surtout il fallait dénicher des variétés qui allaient bien supporter le vent! Or, comme les terres qu’on cultivait étaient louées et toujours sur le marché de la vente, on n’a jamais pu investir là-dedans. » Puis, la distribution aussi venait poser problème.
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