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Chronique
La culture de l’éphémère?
Lorsque Josef Groll a servi sa première Pilsner en 1842, personne n’a fait de selfie pour propager la bonne nouvelle. Il a fallu presqu’un siècle à celle-ci pour se faire connaître en Europe occidentale.
Par Philippe Wouters, . 4 min de lecture.
Mais sa très longue escapade à travers villes et villages et son succès presque instantané à chaque endroit où elle était servie, a fait de la Pilsner la mère de tous les styles. À tel point que de très nombreuses brasseries ont brassé des bières de couleur similaire pour contrer l’incroyable raz-de-marée que la Pilsner a créé. Elle a pris le temps de conquérir les palais des consommateurs, un verre à la fois, un village à la fois. Un phénomène tel qu’aujourd’hui, on associe la Pilsner à de la bière douce, facile à boire et on y fait souvent référence uniquement par sa couleur « blonde ». Elle fut si populaire qu’elle a même réussi à créer un vent de panique dans les couloirs des abbayes trappistes si conservatrices, brassant de la bière brune de moins en moins en vogue.
Il y a plus de 30 ans, lorsque Boréale a brassé et embouteillé pour la première fois une bière de couleur rousse, inspirée du style Red Ale; elle était la seule à proposer ce style de bière. Ces dernières années, plusieurs jeunes brasseries ont également proposés une Rousse dans leur gamme de bières. La Boréale Rousse était-elle la source d’inspiration? Quelques aveux de brasseurs me laissent croire qu’elle a vraiment influencé le profil aromatique des rousses du Québec. Peut-on parler de style? J’aime poser la question dans mes conférences. Puisqu’après tout, un style peut être une couleur et une couleur peut être un style. L’histoire nous l’a d’ailleurs démontré très souvent.
Comment se créent les styles
Vous l’aurez compris, le style de bière est une série de circonstances favorables à la création d’une tendance qui deviendra par la suite une référence. Et le monde de la bière est rempli d’anecdotes et de circonstances qui ont créé des styles, reconnus pour leurs origines, leurs matières premières ou leur savoir-faire. D’autant plus qu’il n’existe aucune autorité internationale qui chapeaute le tout. Les brasseurs sont libres de faire ce qu’ils veulent et comme ils le veulent. Achetez donc quelques Pale Ale différentes et comparez-les à l’aveugle, vous aurez des bières aux profils si différents. C’est surtout ça la culture bière. Qui a le dernier mot? Le consommateur. Depuis l’origine de la bière, il définit ce qui est tendance et ce qui ne l’est pas. Plusieurs initiatives de création de styles de bières de toutes pièces ont échoué, le consommateur n’ayant tout simplement pas suivi.
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