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Chronique

Greg Noonan, véritable légende humaine

Emporté par un cancer en 2009, Greg Noonan est un pionnier du brassage maison aux États-Unis. Cofondateur de l’un des premiers brouepubs dans le Vermont, fondateur du Vermont Brewers Association, auteur et conférencier brassicole louangé, amoureux précurseur des brettanomyce et père de la Black IPA… Il réussissait de son vivant à déplacer des montagnes pour mener sa passion pour la bière toujours plus loin. Mais, s’il le faisait un peu pour lui-même, c’était surtout beaucoup pour l’industrie, et ce, des deux côtés de la frontière. Et on lui vaudra cela pour toujours…

Par Valerie R. Carbonneau, . 9 min de lecture.

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Vermont Pub & Brewery

« Greg was simply the nicest guy you would ever want to meet », commente son associé et complice pendant 40 ans, Steven Polewacyk, joint au célèbre Vermont Pub & Brewery (VPB), à Burlington, où il passe encore de longues journées. C’était la seule personne qu’il ait connue qui pouvait remplacer une pompe pneumatique aussi bien qu’il pouvait écrire avec autant d’éloquence. Et que dire de ses talents artistiques, a-t-il ajouté, en faisant référence à une œuvre parmi d’autres portant sa signature, toujours exposée au VPB : une peinture à l’huile sur bois représentant la Spuyten Duyvil, une Rouge des Flandres introduite au pub en 1990 qu’il a brassée avec 100 % de brett. « Greg was a very incredible individual… I still miss him every day. »

L’héritage Noonan de notre côté de la frontière

De passage chaque année à Burlington pour participer à un festival de musique africaine, Jean-François Gravel avait son rendez-vous annuel avec l’ami Greg. Le maître-brasseur et cofondateur de Dieu du Ciel! (DDC) qui connaissait l’éminent personnage de réputation et aussi pour avoir lu ses livres, a fait connaissance avec lui au Festibière de Chambly, en 1998. « Greg a goûté à mes premières bières lors d’une démo de brassage et il les a beaucoup aimées, partage-t-il fièrement. Quelques mois plus tard, il nous invitait au 10e anniversaire de son pub », événement auquel Jean-François consacrait sa première journée de congé. Cette soirée qu’il a passée en compagnie de Greg restera gravée à jamais; son nouvel ami devenait aussi son mentor pour l’aider à lancer DDC.

Greg était parmi les premiers sur la côte Est à sortir des bières aux fruits comme la fameuse Forbidden Fruit, qui est d’ailleurs encore disponible au VPB. « Il m’a montré la technique du sour mash, que j’ai ensuite adaptée à ma sauce. C’est en partie grâce à lui si je réussis aujourd’hui à faire des bières sures acidulées à mon goût comme la Solstice d’été. » Le brasseur innovant a aussi été le premier au Vermont à brasser une Spruce Tip IPA et pour rendre à César ce qui appartient à César, DDC a sorti La Pénombre, une Black IPA pour honorer l’auteur de ce style de bière émergent.

Rencontré à son brouepub Station Ho.st à Montréal, Frédéric Cormier en a long à dire sur celui qu’il avait croisé pour la première fois au Mondial de la bière de Montréal, alors qu’Hopfenstark n’en était qu’à ses premiers balbutiements. « Il a goûté nos bières qu’il a tout de suite appréciées, il nous a donc invités au Vermont Brewers Festival dès notre première année d’existence », partage le brasseur qui verse d’ailleurs plusieurs de ses bières dans des verres à l’effigie du festival vermontois auquel il participe chaque année depuis 10 ans.

« Greg a travaillé fort auprès des instances gouvernementales pour changer les lois et favoriser l’essor des microbrasseries. Il est mort juste avant que la vague lève », soulève-t-il. Il était bien engagé au sein de sa communauté. Il a largement soutenu John Kimmich (The Alchemist Brewery) et Shaun Hill (Hill Farmstead Brewery) notamment, des gens auxquels Frédéric a été introduit grâce au généreux partage de ses connaissances… autant son savoir brassicole que ses amitiés qui évoluaient au sein du métier.

Bon vivant, il improvisait des fêtes qui duraient jusqu’aux petites heures dans le stationnement de sa brasserie, se rappelle Frédéric. « C’était comme le pacha de Burlington. Il approchait gentiment les policiers venus pour mettre fin à nos festivités et leur offrait même parfois une bière. Il était respecté de tous, un vrai gentleman. » Parlant de générosité et d’influence, Frédéric raconte aussi la fois où Greg avait réussi d’un simple coup de téléphone à faire débloquer les douanes qui retenaient l’équipement d’Hopfenstark qui tentait de traverser la frontière pour participer au Vermont Brewers Festival.

« Avec Greg, tout était possible, il fallait juste bien faire les choses. Et comme je pense pareil, c’est normal qu’on se soit si bien entendus. » Un autre souvenir évocateur pour lui est la fois où Greg avait partagé sur son site Web le nom des cinq brasseries qu’il respectait le plus [au monde]. « Dieu du Ciel!, Hopfenstark et Cantillon figuraient au top. C’était un honneur pour nous qui étions mieux connus aux États-Unis qu’au Québec et brassions des bières sures vieillies en fût de chêne dès notre première année, précise-t-il, en avouant n’avoir vendu aucun baril au Québec cette année-là! Il faut se dépasser, c’est trop facile de faire comme les autres et ça, c’est une portion de la mentalité qu’il m’a inculquée. »

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