Bières et Plaisirs › Brasseries
Chronique
Une microbrasserie sans pareil au coeur du Kamouraska
Dès ses débuts, la microbrasserie Tête d’Allumette s’est déniché une place de choix dans le paysage brassicole québécois. La communauté brassicole a été séduite par son système de brassage sur feu de bois et ses bières soigneusement conçues; les visiteurs n’ont quant à eux pu que constater l’emplacement de rêve déniché par Martin Désautels et Élodie Fortin.
Par David Sparrow, . 13 min de lecture.
Avant même de tremper les lèvres pour la première fois dans les bières de la brasserie, on est charmé par le paysage pittoresque qui l’entoure; le bord du fleuve à la hauteur de Saint-André-de-Kamouraska est à couper le souffle.
La maison ancestrale aux lucarnes d’époque et la vieille grange située non loin derrière nous plongent subitement dans un état de bien-être. L’état d’esprit idéal pour apprécier les bières équilibrées et la réconfortante brise du Saint-Laurent.
Mais avant d’en arriver là…
En 2009, Martin et Élodie font partie de l’équipe derrière le restaurant La Camarine de Kamouraska, un projet coopératif fort prometteur qui s’avère une fenêtre unique sur le monde agroalimentaire et culturel de la région. Les cinq membres comptent même y brasser leurs propres bières.
Malheureusement, après à peine un an d’opération, un incendie survient le matin même où le groupe doit aller chercher l’équipement de brassage récemment acheté. Le restaurant est complètement ravagé. Comme pour les autres membres, Martin et Élodie ont néanmoins pu profiter de cette expérience pour acquérir d’importantes notions de gestion qu’ils mettent à profit dans leur nouveau projet.
Les voyages forment la jeunesse
Comme il n’a pas abandonné l’idée de brasser ses propres bières, Martin part en voyage à la recherche d’un je-ne-sais-quoi qui donnera une touche à la fois distinctive et authentique à son projet. En Belgique, alors qu’il visite quelques établissements, il découvre Caracole, une brasserie artisanale traditionnelle qui brasse ses bières à l’ancienne dans des cuves en cuivre chauffées au feu de bois.
Martin se reconnaît aussitôt dans un tel projet. Il est tout de même conscient du défi qui se cache derrière cette idée un peu folle. La conception du fameux foyer demeure l’un des points névralgiques du projet, un défi constant pour Martin et l’équipe du centre de recherche Solutions Novika situé à La Pocatière avec qui il fait de nombreux essais avant d’en arriver à la version actuelle.
Moins enthousiaste à l’idée de se lancer dans un nouveau projet au départ, Élodie a finalement été séduite en apercevant la vieille maison en vente sur la Route 132 entre Kamouraska et Saint--André, « le plus beau spot du coin ».
Cette dernière nécessite beaucoup de rénovations et d’aménagements; le tout prendra près de deux ans. « On aimait le vibe de la maison et on voulait que ce soit bien pour les clients. On a conservé son cachet original et plusieurs morceaux ont été réutilisés un peu partout », indique Martin.
Dès la première année, les propriétaires prennent le pari de rester ouverts à l’année, un choix qu’ils ne regretteront jamais puisque les « locaux » ont tôt fait d’adopter l’endroit, et ce, même l’hiver.
On y retrouve d’ailleurs des gens de tous les âges; des habitués qui se plaisent à venir faire leur tour, des touristes attirés par le paysage grandiose, des campeurs séjournant au camping de la Société d’écologie de la batture du Kamouraska situé à proximité et des beergeek en quête d’exclusivités.
À découvrir sur place
Tête d’Allumette propose en permanence une dizaine de fûts, majoritairement brassés sur place, mais également quelques invités; deux d’Auval lors de mon récent passage! Des bières bouteilles importées et québécoises sont disponibles ainsi que d’autres alcools dont vin, cidre, gin et whisky.
Si l’établissement ne compte pas de cuisine, on y offre quelques entrées et grignotines dont pogos maison, maquereau fumé au poivre, saucissons bio, feuilles de vigne et fromages en grains. Bref, assez pour accompagner agréablement un splendide coucher de soleil et les offrandes houblonnées de la maison.
À leurs débuts, les propriétaires espéraient que la brasserie devienne un arrêt de choix sur la 132, mais pour plusieurs à faire la route ces jours-ci, Tête d’Allumette n’est pas un arrêt, mais bien la destination en soi.
À discuter ne serait-ce que quelques minutes avec Martin et Élodie, on réalise rapidement que leur succès n’est dû ni au hasard, ni à la chance. Bien au contraire, c’est en s’investissant tout autant dans leur projet qu’ils ont réussi à en faire un lieu charmant et unique qui les reflète entièrement. Assurément, un incontournable.
Le feu, l’élément déclencheur
Après avoir vu son premier projet s’envoler en flammes, Martin Desautels a voyagé en espérant trouver une façon différente de réaliser sa brasserie artisanale. En Belgique, il découvre alors une brasserie qui travaille sur feu de bois. Fruit du hasard ou pas, le nom Tête d’Allumette lui vient naturellement par la suite.
Martin a grandi à Saint-Hyacinthe. C’est d’ailleurs au Bilboquet qu’il découvre la bière artisanale et, en y travaillant, qu’il plonge dans son univers. Contrairement à plusieurs confrères du milieu ayant fait leurs classes aux cuves du « Bil », Martin y travaille plutôt en tant que serveur. Il a néanmoins la piqûre du brassage, mais s’y adonne à la maison. Évidemment au grand plaisir de ses chum.
C’est alors qu’il déménage dans le Bas-Saint-Laurent avec sa blonde Élodie qu’il se lance dans le brassage tout grain. De temps à autre, il se rend aux Îles-de-la-Madeleine pour brasser et faire un peu de tout à la brasserie de son amie Élise, À l’abri de la tempête. Il prend goût à l’aventure.
La première bière que vous avez brassée?
À la maison, ce fut la P’tite Lévesque, une Pale Ale anglaise, un semblant de St-Ambroise Pale Ale que j’appréciais beaucoup à l’époque. Elle a rapidement évolué, se rapprochant davantage d’une IPA.
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