Chronique
Conditionné au cask (deuxième partie)
Difficile d’oublier ma première présence à Denver avec des turbulences aussi enrobantes. C’est le jour de Noël 2014, les conditions routières sont, au mieux, chaotiques et notre Kia Soul pleine à ras bord regarde d’un oeil inquiet les SUV immatriculés « Colorado » optant pour le clos à tour de rôle. À l’extérieur, les grands vents balaient tout sur leur passage et à l’intérieur, c’est un curieux silence, principalement généré par une baladodiffusion glauquement réaliste qui nous plonge dans la tête d’un autiste. Vraiment tous les éléments pour nous préparer à une casse imminente. Même si à un certain moment, on n’y croyait presque plus, nous avons fini par mettre les pieds dans la ville. Une réception enneigée et « enpintée » comme il se doit nous attendait.
Par Martin Hébert, . 4 min de lecture.
Hogshead Brewery
Notre première visite à Hogshead avait le même givrage tempétueux que la route pour s’y rendre. L’endroit était surpeuplé, la clientèle était lourde, excitée et notre voisin de pinte avait la langue aussi peu liée que pertinente. Voyez-vous, selon lui, tout roadtrip qui se respecte passe par le camouflage d’un 40 oz de vodka pour consommation au volant; ses précieux conseils incluaient quel type de chaîne de restauration rapide offre les meilleurs contenants pour ledit camouflage. Une (trop) longue conversation finalement interrompue par l’acclamation générale d’un nouvel arrivant assoiffé, interpellé par la police parce que venu de chez lui en motoneige.
Seulement là, nous avons pu saisir les exploits céréaliers inscrits à l’ardoise. À notre deuxième passage en mai dernier, nous l’avons pris différemment, à coup de revisitation après revisitation pour mieux cerner la bête. Et laisser la bête nous cerner.
Voici quelques unes des proies de choix : Gilpin Black Gold, un Porter anisé roulé dans une feuille de tabac qui ne laisse rien ébranler sa texture parfaite. L’équilibre acidité, sècheresse et sucrosité a de quoi laisser « pintois ». Chin Wag ESB avec sa caramélisation profonde et sa membrane herbacée friable. Inutile de parler de la texture, c’est un mode de vie ici. Ella Ordinary Bitter avec ses esters fruités jusqu’à la limite et la clarté de ses saveurs. Vous pouvez ajouter à ça une palette intéressante de bières plus costaudes comme Divine Right Imperial Stout, Lovibond XXX 1865 Mild ou Window Licker Barleywine. J’irais jusqu’à dire que de choisir à l’aveugle chez Hogshead, c’est une avenue éclairée.
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