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Chronique

« Porter ! Porter ! »

Par David Sparrow, . 7 min de lecture.

« Porter ! Porter ! »
Bières et Plaisirs
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Le Porter est une ale anglaise foncée avec des caractéristiques restreintes de torréfaction et de rôtie. Il est la bière noire d’époque de votre grand-mère, la tradition oubliée de l’Angleterre et le grand frère déchu du Stout.

On le qualifie de noir, mais le Porter est plutôt brun clair à brun foncé, laissant même scintiller des reflets rubis. Il offre des arômes maltés avec un peu de grillés et présente des notes chocolatées, quelques fois de caramel, de céréales, de pain ou de noix. Les arômes de houblon sont plutôt subtils.

Les flaveurs maltées du Porter sont semblables aux arômes qu’il dégage; grillées, chocolatées, caramel et noisette. Il ne devrait pas présenter de notes prononcées de malt noir (âcre, brûlé ou torréfié), celles-ci caractérisent plutôt le Stout.

Un peu d’histoire

On raconte que le Porter a été inventé en Angleterre quelque part dans les années 1700. Selon certains récits, il est le résultat d’une tentative maladroite de créer un style parfait. Selon d’autres, il s’agit d’une ingénieuse façon de redonner vie à des bières de moins en moins demandées. Ironiquement, l’histoire n’a pas retenu le nom du responsable.

Ce sur quoi les deux versions s’entendent, c’est que le Porter fut d’abord baptisé Entire, signifiant «entier», et provient du mélange de trois types de bière alors disponibles en Angleterre, la Ale, la Beer et la Two Penny.

La version du brasseur maladroit veut qu’il ait tenté de combiner les caractéristiques gustatives de ces trois types en une seule bière, mais que les saveurs du malt rôti aient pris le dessus. Dans l’autre version, le brasseur ingénieux ayant remarqué la diminution de popularité pour les trois types de bière aurait décidé de les mélanger pour offrir de la nouveauté et ainsi se faciliter la vie.

Une troisième version met en doute le mélange des trois types de bière. Selon celle-ci, on aurait simplement rincé les grains à trois reprises et mélangé les trois moûts ensemble au lieu de les utiliser séparément.

Il n’est pas très clair non plus comment est venu le nom «Porter». Les Porter londoniens travaillaient dans les marchés et ports de Londres où ils transportaient les marchandises. En arrivant au port par le canal, les livreurs ont probablement développé l’habitude de crier «Porter!» pour s’assurer de leur présence pour décharger leur embarcation. Qui sait?

Plus foncé et plus goûteux, le Porter pardonnait beaucoup plus les imperfections et c’est pourquoi sa popularité s’est rapidement propagée dans tout le Royaume-Uni et même aux alentours de la Mer du Nord et de la Mer Baltique. Les Britanniques étaient en pleine révolution industrielle et amélioraient sans cesse leurs réseaux de transport.

Les dérivés…

On retrouvait également une interprétation plus alcoolisée, plus houblonnée et plus torréfiée du Porter, qualifiée de «Robust». Celle-ci comportait notamment des notes de houblon. Ces notes étaient toutefois plus subtiles que dans les interprétations modernes où elles sont devenues plus agressives.

Plutôt que de se procurer du malt rôti qui était lourdement taxé à l’époque, Arthur Guinness de Dublin en Irlande, utilisa des grains d'orge qu’il fît rôtir lui-même afin d’économiser. Il nomma son Porter aux saveurs plus torréfiées la Guinness Extra Stout Porter. Le mot «stout» signifiait aussi «robuste». Au fil des ans, il la perfectionne un peu et vous connaissez la suite…

Les Porters envoyés à l’étranger étaient quant à eux plus alcoolisés et plus houblonnés pour faciliter le voyage en mer, d’où le nom Baltic Porter qui est demeuré. Ils sont denses et complexes. En Europe de l’Est et même en Chine, on se met ainsi à brasser des Porters, quelques fois avec des levures de Lager propres aux traditions culturelles.

Tranquillement, la Pale Ale, la Pilsner, les taxes et les guerres sont venues chasser le Porter de l’Angleterre au fil des années 1900. Dans les pubs londoniens, les Porters plus faibles sont devenus des Mild Ale; les plus forts des Stouts. Heureusement, la CAMRA et la révolution des brasseries artisanales a su rescaper le style.

Sur la table

Le Porter s’accorde avec presque tous les plats de viande, tant mijoté que cuit sur le grill. Les huîtres, les champignons et les fromages goûteux sont également à propos. Il fait aussi bonne figure avec les desserts sucrés; tarte aux pommes, brownies, pain aux bananes, noix, pecan, caramel brulé, etc.

Notre dégustation

Elle s’est avérée réussie et aux opinions partagées. D’abord, la Simple Malt Double Porter est sèche et offre des arômes fumés qui s’agencent bien à ses notes de noisettes rôties. Le fumé vole nettement la vedette. La Rickard’s Dark est quant à elle très douce et légèrement caramel avec un soupçon d’érable très subtil.

La Big Ben Porter est plus foncée que les précédentes et propose des notes de café et de subtiles pointes fumées. Elle nous laisse sur une fine amertume. La Gaspésienne est aussi très foncée. En bouche, une fine touche rôtie se marie à merveille aux notes chocolatées, ce qui a séduit notre panel.

La Lapatt Robuste Porter sort toutefois grande gagnante avec son imposante amertume en finale qui soutient les notes de café, de chocolat et de houblons. L’interprétation moderne l’emporte sur la tradition. À vous de voir…

Lapatt Robuste Porter

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