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Paris, Lyon, Lille : et si on laissait la pression retomber?
De retour d’un séjour Bruxelles–Paris pour le SIAL, j’ai trouvé une capitale sous couvre-feu, des commerçants pessimistes et une police tendue. Après les pillages du 17 octobre et des mesures annoncées à quelques heures d’avis, la question se pose : est-ce vraiment le moment de visiter la France?
Par Philippe Wouters, . 5 min de lecture.
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On rêve tous du même tableau : une terrasse à Saint-Germain, un bouchon lyonnais qui s’étire jusqu’à minuit, une flânerie dans le Vieux-Lille un verre de bière du Nord à la main. Cet automne, le tableau a pris des couleurs nettement moins douces.
Je reviens à peine d’un court séjour Bruxelles–Paris, à l’occasion du SIAL (j’en parle dans une autre chronique). Arrivé à Paris le 19 au matin, j’ai parcouru la ville et discuté avec des commerçants. Découragés, certes, mais surtout pessimistes pour la suite.
Des couvre-feux décidés à l’heure du souper
Après la journée de mobilisation du samedi 17 octobre, marquée par des violences et des pillages dans plusieurs villes, et des débordements le lendemain également, le premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets d’instaurer des couvre-feux « partiels et très localisés », selon Euronews (19 octobre 2026). À Paris, la mesure vise de 23 h à 6 h la place de la République et les rues autour des Halles, et elle ne se limite pas aux mineurs : seuls les résidents, les commerçants et les travailleurs du secteur y échappent. Lille, Wattignies, Douai et Denain ont eu droit aux leurs; à Nice, ce sont les mineurs du centre-ville qui sont visés.
Le vrai problème, pour le voyageur, c’est le délai. À Lyon, le préfet du Rhône a annoncé un couvre-feu sur une partie de la Presqu’île de 21 h à 6 h; l’article de Lyon Mag qui l’annonce est daté de 19 h 31 le soir même. Moins de deux heures pour l’apprendre, et personne ne savait si la mesure serait reconduite le lendemain. À Paris, même scénario : l’arrêté de la préfecture de police a été diffusé le soir du 19, quelques heures à peine avant d’entrer en vigueur. Imaginez : vous avez réservé une table, vous sortez de l’hôtel, et le quartier est bouclé.
Des mouvements sociaux qui ne s’essoufflent pas
Le 17 octobre n’est pas un accident isolé. Né sur les réseaux sociaux contre le prix des carburants, puis élargi à la vie chère, le mouvement s’est greffé sur la mobilisation lycéenne, rapporte Public Sénat. Gilets jaunes, syndicats, étudiants, agriculteurs : les colères convergent, et rien n’indique qu’elles se calmeront d’ici les Fêtes. Sud Radio signale par exemple que les pompiers ont reconduit leur grève jusqu’au 4 décembre, et d’autres journées d’action sont évoquées pour novembre.
Ajoutez à cela des blocages possibles devant les stations-service, les dépôts pétroliers et les raffineries, et vous avez de quoi transformer une simple location de voiture en casse-tête.
Commerçants à cran, police sur les dents
Les commerçants des centres-villes, eux, ont payé le prix fort : au moins 3 000 commerces ont été saccagés, selon le ministre du Commerce, Serge Papin. C’est d’ailleurs pour les protéger que les couvre-feux ont été décidés, et le préfet du Rhône dit vouloir rassurer des habitants et des marchands encore secoués par le week-end. Mais entre les vitrines placardées, les heures d’ouverture écourtées et une clientèle qui fuit, l’ambiance n’est pas à l’accueil chaleureux. Ceux que j’ai croisés à Paris ne se plaignaient pas seulement du présent : ils ne voient pas comment la situation pourrait s’améliorer.
Côté forces de l’ordre, le ton s’est nettement durci et la consigne est désormais à la fermeté, appliquée sans vraiment de discernement. Il faut pourtant distinguer les casseurs des manifestants : ce sont de petits groupes très mobiles, qui se déplacent d’un quartier à l’autre et cassent au passage. Le temps que la police réagisse, ils sont déjà ailleurs. Et quand un secteur est bouclé, ce sont le manifestant et le touriste qui cherchait son métro qui restent sur place. Votre appareil photo et votre accent québécois ne vous servent pas de laissez-passer.
J’en ai fait l’expérience le soir du 19. Pour rejoindre notre appartement, nous devions traverser le quartier. Les policiers que nous avons croisés se sont montrés désagréables, voire provocateurs, bien loin de la mission pour laquelle ils ont prêté serment. Et, pour couronner le tout, ils appliquaient mal un arrêté diffusé à peine plus tôt : nous étions en dehors de la zone visée.
Alors, on annule?
Pas forcément. Les mesures restent localisées, et la France ne se résume pas à République et à la Presqu’île. Mais si votre séjour tourne autour des grandes villes dans les prochaines semaines, posez-vous honnêtement la question : est-ce vraiment le moment?
Si vous pouvez reporter, faites-le. Le printemps parisien n’a jamais déçu personne.
Si vous partez quand même, vérifiez chaque soir les arrêtés de la préfecture où vous dormez, gardez un plan B pour vos soupers et évitez les places où les cortèges se forment.
Avant de partir, consultez les conseils aux voyageurs du gouvernement du Canada. Affaires mondiales Canada a mis sa page à jour le 19 octobre pour y ajouter les manifestations : vandalisme, pillages, affrontements avec la police, recours aux gaz lacrymogènes et couvre-feux locaux. Le niveau de risque reste « grande prudence », mais la consigne est claire : évitez les rassemblements, respectez les couvre-feux et préparez-vous à changer d’itinéraire. Inscrivez-vous aussi au service d’inscription des Canadiens à l’étranger.
Relisez votre assurance voyage : les troubles civils sont souvent une exclusion bien cachée.
Ou alors, tournez le dos aux métropoles. Les vignobles du Jura, les petits ports bretons ou les villages de l’Aveyron vivent à un tout autre rythme, loin des grenades et des barrières.
Le climat ne se prête guère au tourisme, et les tensions semblent gagner d’autres villes européennes. Les villes sont grandes, mais l’esprit n’y est pas.
Bref, pas trop le temps d’aller visiter la France ces jours-ci. Laissons la pression retomber. Paris sera toujours Paris, et elle nous attendra.
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