Aller au contenu
Plaisirs Média

Le terroir, les spiritueux et les vins du Québec

Terroir et Plaisirs › Spiritueux › Gin

Chronique

Où vont les 45 $ de votre gin québécois ?

Sur une bouteille de gin québécois à 45 $, 11,15 $ vont en taxes et en droits, selon un calcul fait à partir des taux officiels en vigueur en 2026. Le reste se partage entre la SAQ et le distillateur, même quand la bouteille est achetée à la distillerie. Des distillateurs chiffrent cette majoration à 52 %, et leur association en réclame la révision.

Par Terroir et Plaisirs, . 5 min de lecture.

Écouter cet article La lecture à voix haute est réservée aux membres Premium.

Arrangement élégant de bouteilles en verre colorées avec un éclairage dramatique sur un fond noir.
Photo : Valentin Ivantsov (Licence Pexels, pexels.com)
Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel

Une bouteille de gin québécois de 750 ml à 40 % d'alcool, payée 45 $, laisse 11,15 $ en taxes et en droits à Ottawa et à Québec. Les 33,85 $ qui restent se partagent entre la Société des alcools du Québec (SAQ) et le distillateur, même quand la bouteille est achetée à la distillerie.

À Granby, Jean-Philippe Doyon, propriétaire de l'Absintherie des Cantons, dit retourner « 52 % de majoration à la SAQ » sur les produits vendus à sa boutique, rapportait Le Soleil le 21 septembre sous la plume de Nicolas T. Parent, de La Voix de l'Est. La majoration est la marge que la SAQ prend sur chaque produit vendu ; elle sert, écrit la société d'État, à payer ses frais de vente, de distribution et d'administration et à dégager un résultat net, remis au gouvernement du Québec.

La facture, ligne par ligne

Voici un calcul de Plaisirs Média à partir des taux publiés par l'Agence du revenu du Canada et Revenu Québec, pour cette bouteille affichée 45 $, taxes comprises.

  • Droit d'accise fédéral : 4,24 $. Le taux est de 14,117 $ par litre d'alcool pur depuis le 1er avril 2026 et la bouteille en contient 0,3 litre.

  • Taxe spécifique du Québec sur les boissons alcooliques : 1,05 $, soit 1,40 $ le litre.

  • TPS, à 5 % : 1,96 $.

  • TVQ, à 9,975 % : 3,90 $.

  • Reste : 33,85 $, qui couvrent la majoration de la SAQ et le prix payé au distillateur.

Ottawa perçoit 6,20 $ et Québec, 4,95 $ en taxes, près du quart du prix à eux deux. Le partage des 33,85 $ dépend de la grille de majoration de la SAQ, absente des publications de la société d'État consultées le 3 octobre.

Infodimanche a toutefois publié une facture complète le 2 août 2021 : celle d'un gin Rocher Malin de la Distillerie Fils du Roy, à Saint-Arsène, dont le copropriétaire, Jonathan Roy, présidait alors l'Union québécoise des microdistilleries (UQMD). Sur 45,50 $, la majoration de la SAQ atteignait 20,07 $ et le producteur recevait 14,15 $, taxes et droit d'accise payés. Selon un calcul de Plaisirs Média, ces 20,07 $ représentent 44 % du prix affiché, et 52 % du prix dont on a retiré la TPS, la TVQ et la taxe spécifique aux taux actuels.

À la boutique de la distillerie

La Loi sur la Société des alcools du Québec classe le permis de distillateur parmi les permis dits industriels. Son titulaire ne peut vendre ce qu'il fabrique qu'à la SAQ, sauf hors du Québec. Depuis juillet 2018, il peut aussi vendre ses spiritueux à la distillerie, pour emporter, à condition qu'ils aient été achetés de la SAQ, qui y applique sa majoration. Radio-Canada rapportait alors que le prix de vente y restait le même qu'en succursale.

Dans son mémoire prébudgétaire de février 2023, l'UQMD décrit la majoration en deux volets : des frais d'exploitation, perçus pour la manutention, le transport et la commercialisation, et un dividende versé à l'État. Elle y propose de réduire ou d'éliminer, pour les ventes à la distillerie, des frais de service qu'elle chiffre à 16,3 %.

Vin, cidre et bière : d'autres règles

Le permis de production artisanale, celui des vignobles et des cidreries, permet de vendre sur les lieux de fabrication sans passer par la SAQ ni payer sa majoration. Il permet aussi de distiller, mais il s'adresse au producteur qui cultive sa matière première, écrit l'UQMD ; la grande majorité des microdistilleries détiennent le permis industriel, qui leur permet de s'approvisionner chez un tiers.

Le brasseur détient lui aussi un permis industriel, mais la loi l'autorise à vendre sa bière sur place et à la livrer aux épiceries. Revenu Québec réserve ses taux réduits de taxe spécifique à deux catégories : zéro sur les 150 000 premiers litres d'un producteur artisanal et 0,2079 $ le litre, au lieu de 0,63 $, sur les 7,5 premiers millions de litres d'un brasseur. À Ottawa, le ministère des Finances a annoncé le 1er avril 2026 que la réduction de 50 % du droit d'accise sur les 15 000 premiers hectolitres de bière brassée au Canada était prolongée de deux ans ; son communiqué n'annonce rien de tel pour les spiritueux.

Ce qui est demandé, ce qui est promis

Dans un communiqué du 16 septembre, l'UQMD, présidée par Nicolas Bériault, réclame la révision de la majoration sur les spiritueux vendus sur les lieux de production. Son mémoire de 2023 rapporte que la SAQ, entre autres, y a opposé un risque à l'égard des accords de commerce international.

Le rapport des consultations menées pour le gouvernement par France Dionne et Diane Lemieux, rendu public le 15 juillet, consigne cette demande et propose d'évaluer une révision de la fiscalité et des programmes destinés à l'industrie, sans se prononcer sur la majoration. Un programme de Québec verse déjà aux petits distillateurs une aide de 14 % de leurs ventes nettes dans le réseau de la SAQ pour les spiritueux faits entièrement de leur propre alcool, tiré de matières premières québécoises.

Les Québécois votent le 5 octobre. Sur la majoration, deux partis ont pris position par écrit. La Coalition avenir Québec a promis le 12 septembre la vente de spiritueux et de bières dans les marchés publics et l'adhésion à l'accord pancanadien sur la vente directe d'alcool, en précisant que la fiscalité et la majoration de la SAQ seront maintenues. Le Parti québécois s'est engagé le 13 août à cesser de faire payer des redevances à la SAQ lorsqu'un produit est vendu sans son intermédiaire, à alléger la réglementation des producteurs et à réduire la portée du monopole de la SAQ pour les vins, cidres et spiritueux québécois. Les documents de plateforme du Parti conservateur, la page d'engagements du Parti libéral et la plateforme de Québec solidaire consultés le 3 octobre ne contiennent pas d'engagement sur la majoration.

Dans sa version à jour au 10 juin 2026, la loi exige toujours que la bouteille vendue à la distillerie ait été achetée de la SAQ : l'acheter sur place n'en retire pas la majoration.

Partager Facebook X LinkedIn WhatsApp Courriel Adresse courte : https://plaisirsmedia.com/p/32581

Sauvegarder pour plus tard Réservé aux membres, gratuit.

Nos infolettres

Le meilleur de Terroir et Plaisirs dans votre boîte, gratuit, sans créer de compte. Décochez pour recevoir les quatre univers.

Commentaires 0

  • Aucun commentaire pour l'instant.

Connectez-vous pour commenter.

Aussi dans Terroir et Plaisirs

Ajoutez Plaisirs Média à votre écran d'accueil

Le site s'installe comme une application, sans boutique : vos univers, votre carte de membre, vos billets et vos Points Plaisirs d'un toucher, lisibles même sans réseau.

Comment ça marche