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Chronique

Laurentides : le terroir est au pied de la montagne, sur la colline d'Oka

On monte vers les sommets pour les couleurs et on passe tout droit devant la deuxième région pomicole du Québec. Les Laurentides gourmandes se jouent en bas, sur la colline d'Oka, où des moines agronomes ont planté il y a plus d'un siècle un savoir-faire qu'on croque encore. Et c'est en octobre qu'il faut y aller.

Par Terroir et Plaisirs, . 5 min de lecture.

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Abbaye Notre-Dame du Lac
Photo : nefasth (CC BY-SA 2.0, flickr.com)
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L'Action de grâce approche, et sur l'autoroute 15, la file s'étire vers le nord. On monte voir les érables rougir, prendre un café au village, photographier un lac. Rien contre. Mais une bonne partie des Laurentides qui se boit et se mange attend ailleurs : en bas, à la porte de Montréal, entre Mirabel, Saint-Joseph-du-Lac et Oka, sur les pentes qui descendent vers le lac des Deux Montagnes.

Notre idée est simple. Le terroir des Laurentides, ce n'est pas la montagne. C'est la colline. Et il ne doit rien au hasard.

Des chiffres têtus

Commençons par ce qui ne se discute pas. Selon le cahier des charges de l'IGP Cidre de glace du Québec, publié par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, les Laurentides comptent pour 24 % des superficies de pommiers du Québec. C'est la deuxième région derrière la Montérégie (66 %), et loin devant la Capitale-Nationale (3 %). Le même document rappelle qu'on cultivait déjà la pomme à Saint-Joseph-du-Lac au XIXe siècle. Du côté des entreprises, le gouvernement du Québec place encore la région au deuxième rang, avec 14 % des producteurs de pommes.

Considérant que la plupart d'entre nous associent les Laurentides au ski et aux chalets, on peut en déduire qu'il y a un malentendu. Un beau malentendu, qui se règle avec un panier.

Les moines agriculteurs

Pourquoi là, justement? En bonne partie à cause d'une poignée de moines français. Le 11 avril 1881, dom Jean-Marie Chouteau, abbé de Bellefontaine, visite le domaine d'Oka sous une neige qui tombe encore, raconte Gilles Boileau dans « La contribution des Cisterciens d'Oka à la société québécoise » (Histoire Québec, décembre 1995). Les trappistes s'installent. En 1893, leur ferme devient l'Institut agricole d'Oka, qu'ils dirigeront jusqu'en 1962 et où passeront quelque 5 000 étudiants. Dès 1897, la pépinière compte environ 150 000 plants et les vergers, plus de 2 500 arbres fruitiers.

Imaginez une faculté d'agronomie qui aurait un verger pour laboratoire et un lac pour horizon. C'est ça, Oka, pendant près de soixante-dix ans. Et ce laboratoire a produit. Le père Athanase y met au point le melon d'Oka. Le frère Wilfrid Châtelain y crée la poule Chantecler, au fil de croisements menés de 1908 à 1918 selon le Dictionary of Canadianisms on Historical Principles. Québec l'a déclarée race du patrimoine agricole en 1999, aux côtés de la vache et du cheval canadiens, par la Loi sur les races animales du patrimoine agricole du Québec. Une poule reconnue par une loi! Ben oui.

Marque ou terroir

Et puis il y a le fromage. Les trappistes l'ont fabriqué jusqu'en 1981, année où Agropur en a acquis la production, rappelle La Terre de chez nous. Le 14 juillet dernier, la coopérative a annoncé la vente de ses fromages fins, dont la marque OKA et l'usine d'Oka, au groupe français Lactalis. Selon L'Éveil (4 août 2026), la transaction attend encore l'aval du Bureau de la concurrence, touche environ 400 employés, et aucune perte d'emploi n'est prévue.

On ne jugera pas ici une transaction d'affaires. Mais elle rappelle une chose qu'on oublie volontiers devant l'étalage : un terroir, ce n'est pas un logo. Une marque peut changer de propriétaire par communiqué. La colline, le lac en bas, les familles qui soignent les pommiers, elles, restent là. C'est ça qu'on vous invite à aller chercher.

Octobre, la bonne heure

Le moment est idéal : c'est la pleine saison des pommes. Profitez-en pour sortir de la McIntosh, qui fait à elle seule plus du tiers de la production de pommes fraîches au Québec selon le gouvernement. Goûtez une Lobo, une Cortland, une Spartan côte à côte : c'est un peu comme comparer trois cépages. Vous verrez vite que « une pomme », ça n'existe pas.

Le plan est facile : une cueillette le matin, un dîner sur place, un cidre ou un hydromel à rapporter, et le tour est joué. Pensez juste à vérifier les horaires avant de partir, car la saison d'autocueillette tire à sa fin.

Nos arrêts

Labonté de la Pomme, Oka. Ce domaine familial du rang de l'Annonciation, aujourd'hui mené par Marc-André Therrien et Amélie Vadeboncoeur, présente sa Cabane à Pommes comme la première du Québec. Après plus de dix ans de pétillants sans alcool, la maison a lancé ses premiers cidres fin 2023, dont ALICE, un rosé pétillant de pommes et de cerises griottes que le domaine décrit comme porté par des notes de petits fruits acidulés, et Nolan, un cidre tranquille pomme et rhubarbe qu'il compare à un vin blanc délicat, selon Tourisme Laurentides. ALICE se vend à partir de 19 $. Le domaine est ouvert le lundi 12 octobre.

Verger Trottier, Cidrerie des Générations, Saint-Joseph-du-Lac. Sur le chemin d'Oka, près de l'abbaye, ce verger en activité depuis plus de cent ans, d'après Bonjour Québec, laisse cueillir parmi des pommiers qui surplombent le lac des Deux Montagnes. Les cidres et les pâtisseries sont faits sur place. Sa liste de variétés, publiée par les Producteurs de pommes du Québec, va de la Melba à la Honeycrisp : un bon endroit pour faire votre comparaison.

Intermiel, Mirabel. Sur le rang de la Fresnière, à Saint-Benoît, cette ferme apicole fête ses 50 ans cette année, selon son site. On y trouve des miels, des hydromels, des cidres, des eaux-de-vie et un gin, l'Api Gin. Les visites guidées, avec ouverture d'une ruche, ont lieu les samedis, dimanches et jours fériés jusqu'au 25 octobre. La boutique et le petit musée sont ouverts tous les jours. Le miel brut d'automne vient d'arriver en boutique.

Le Calvaire d'Oka, parc national d'Oka. Pour digérer, montez au calvaire construit par les Sulpiciens de 1740 à 1742, avec ses quatre oratoires et ses trois chapelles au sommet, selon la Sépaq. Du sommet, la vue s'ouvre sur le lac des Deux Montagnes. Autrement dit, sur ce qui fait le terroir d'en bas. Le droit d'accès au parc s'applique.

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