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Mythe et réalité

Brassée au Québec, donc québécoise ?

Depuis le 29 septembre, les États-Unis interdisent l'importation de bière canadienne emballée. Pour qui veut acheter québécois, le lieu de brassage ne dit ni à qui appartient la brasserie ni d'où vient la marque. Voici qui possède quoi, sources à l'appui, et comment le vérifier.

Par Bières et Plaisirs, . 5 min de lecture.

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Gros plan sur une bière pression versée dans un verre à pintes dans un bar à Montréal, Canada.
Photo : Donovan Kelly (Licence Pexels, pexels.com)

« Une bière brassée au Québec est une bière québécoise. »

Nuancé Le lieu de brassage dit où se trouve l'usine, pas à qui appartient la brasserie ni d'où vient la marque. Les trois se vérifient séparément, marque par marque.

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Une bière peut être brassée à Longueuil, à LaSalle ou à Chambly et appartenir à une société du Delaware, à un groupe belge ou à un brasseur de Tokyo. Depuis le 29 septembre, les États-Unis interdisent l'importation de bière canadienne emballée (bouteilles, canettes et fûts).

Pour qui veut acheter québécois, l'affirmation « brassée au Québec, donc québécoise » mélange trois choses : l'endroit où la bière est brassée, le propriétaire de la brasserie et le pays d'où vient la marque. Dans un mémoire de mai 2026, l'Association des brasseurs du Québec (ABQ) écrit que Labatt, Molson Coors, Sleeman et leurs microbrasseries réalisent environ 90 % des ventes de bière au Québec et que plus de 85 % de ces bières sont produites ici ; elle situe leurs brasseries à Montréal, Longueuil, Chambly, Shawinigan et Québec.

Ce que dit l'étiquette

L'étiquette renseigne sur une entreprise et une adresse, pas sur un actionnaire. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) exige qu'un aliment préemballé porte le nom et l'adresse du principal lieu d'affaires de l'entreprise qui l'a fabriqué, ou de celle pour qui il a été fabriqué. La bière ne fait pas partie des aliments dont le pays d'origine doit être déclaré. Un produit entièrement fabriqué à l'étranger doit porter la mention « importé par » ou « importé pour », sauf si son origine est indiquée. Les mentions « Produit du Canada » et « Fabriqué au Canada » sont volontaires et décrivent l'origine des ingrédients, le lieu de transformation et la main-d'œuvre.

Qui possède quoi

  • Molson Canadian et Coors Light : Molson Coors Beverage Company, issue de la fusion de Molson et d'Adolph Coors en février 2005. Constituée au Delaware, aux États-Unis, elle a ses bureaux de direction à Golden, au Colorado, et à Montréal, selon son rapport annuel 2025 ; sa circulaire du 25 mars 2026 compte deux membres de la famille Molson parmi ses administrateurs. Brassées à Longueuil, dans une usine ouverte en 2021 qui compte 700 employés selon l'entreprise.

  • Labatt et Budweiser : Labatt appartient en totalité au brésilien Ambev, dont le belge Anheuser-Busch InBev détenait 62,3 % au 31 décembre 2025, selon le rapport annuel 2025 d'Ambev. Interbrew, de Belgique, avait acheté Labatt en 1995, et Labatt brasse Budweiser au Canada depuis 1980 en vertu d'une licence de 99 ans d'Anheuser-Busch, écrit l'historien Matthew J. Bellamy dans un texte publié par l'Université Western. Brasserie à LaSalle depuis 1956, selon un communiqué de l'entreprise de mai 2016.

  • Unibroue et Sleeman : l'ontarienne Sleeman a acheté Unibroue en 2004, et le japonais Sapporo a acquis l'ensemble en 2006, d'après la chronologie d'Unibroue. Sapporo Breweries, de Tokyo, compte Sleeman parmi les sociétés de son groupe. Unibroue brasse à Chambly.

  • Le Trou du Diable : Molson Coors a annoncé l'achat de la microbrasserie de Shawinigan, sans le restaurant, le 9 novembre 2017, selon le blogue de l'entreprise. La brasserie figure parmi les sites du groupe, qui y compte 60 employés ; Brasseur de Montréal, dans Griffintown, y figure aussi.

  • Archibald : Labatt a acquis la brasserie, alors à Val-Bélair, et les marques le 18 avril 2016, rapportait Le Soleil le lendemain ; les cofondateurs gardaient les quatre restaurants. Dans un communiqué du 2 février 2026, Labatt présente Archibald comme l'une de ses microbrasseries.

  • Boréale : Les Brasseurs du Nord, fondés en 1987 et établis à Blainville. Le Fonds de solidarité FTQ en est devenu l'actionnaire majoritaire en 2013, rapportait alors L'actualité alimentaire. L'entreprise est membre de l'Association des microbrasseries du Québec (AMBQ).

  • Belle Gueule et Cheval Blanc : Les Brasseurs RJ, créés en 1998 par Roger Jaar et établis rue de la Roche, à Montréal, selon leur fiche de membre de l'AMBQ.

  • La Bittt à Tibi : marque du Groupe Geloso, que Noovo Info présentait le 29 septembre comme un producteur québécois ; c'est l'une des deux gammes de la Brasserie Belgh Brasse, fondée en 1999 à Amos.

Verdict : nuancé

Le lieu de brassage dit où se trouvent l'usine et ses emplois, pas à qui appartient l'entreprise ni d'où vient la marque. Coors Light, lancée en 1978 par un brasseur du Colorado selon la chronologie de Molson Coors, est brassée à Longueuil ; Unibroue brasse à Chambly pour un groupe de Tokyo.

Comment vérifier

L'AMBQ écrit que l'appellation « microbrasserie » n'est pas protégée et demande qu'elle soit définie dans la loi : un siège social au Québec et moins de 500 000 hectolitres par an. Elle a lancé le 20 avril 2026, rapportait Noovo Info, la marque de certification « Bières de micro du Québec ». Pour l'apposer, une brasserie doit être membre de l'AMBQ, détenir un permis de brassage, produire au Québec moins de 500 000 hectolitres par an et être indépendante des grands groupes brassicoles ; un outil de vérification se trouve sur la même page. Les logos d'Aliments du Québec portent sur autre chose : au moins 85 % d'ingrédients québécois pour « Aliments du Québec », une transformation entièrement faite au Québec pour « Aliments préparés au Québec ».

Pour connaître le propriétaire, le registre des entreprises du Québec se consulte gratuitement, par nom ou par numéro d'entreprise. La fiche d'une société par actions indique les trois actionnaires qui détiennent le plus de voix et le nom de ses bénéficiaires ultimes, les personnes physiques qui profitent de ses revenus ou peuvent diriger ses activités. Le site du brasseur fournit aussi des indices : au bas de celui du Trou du Diable, la politique de confidentialité renvoie au site de Molson Coors.

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