Chronique
Du haut des pyramides, trois millénaires de bière vous contemplent
Le socle des civilisations anciennes, c’est la bière. Les Sumériens sont les inventeurs de la première recette de bière.
Par Mathieu Perron, . 6 min de lecture.
Dans son livre Anabase, le général grec Xénophon (430 à 354 avant l’ère commune) rapporte être tombé dans la région de l’Arménie sur une boisson faite de grain à la manière mésopotamienne : « Cette boisson était forte si l’on n’y mêlait [pas] de l’eau; mais on la trouvait très agréable dès qu’on s’y était accoutumé ». D’une consistance proche du gruau, la bière mésopotamienne se consomme dans de grands vases de terres cuites à l’aide paille en roseau, afin d’éviter de gober les grumeaux. Les Égyptiens modifient la recette mésopotamienne. Le résultat est une boisson clarifiée, allégée et plus limpide; une boisson pouvant être versée dans une chopine ou un verre.
La boisson des dieux
En janvier 2014, une équipe d’archéologues japonais a découvert dans la nécropole de Thèbes, la tombe d’un certain Khonso Em Heb. Le « responsable de la production de bière » y gisait depuis 3 200 ans. L’une des murales montre le chef des brasseurs, également à la tête des réserves royales, en train de présenter des offrandes aux dieux accompagnées de sa femme et sa fille. Pour les Égyptiens, la bière est d’origine divine. D’importantes offrandes sous forme de cruches de bières sont offertes aux dieux du Nil. Ce ne sont pas moins de 466 308 amphores de bières qui sont offertes par Ramsès II au plus important des dieux d’Égypte : Amon-Rê. Les festivals de Baster, Hathor et Sekhmet, impliquent tous de vastes quantités de bières bues à l’excès. Le festival du Tekh est connu comme le festival de l’ivresse. Célébré en l’honneur de la déesse de la fertilité Hathor, les participants boivent jusqu’à l’excès, s’endorment dans les coursives et se réveillent au son des tambours. La bière est partie prenante de la majeure partie des festivals en Égypte ancienne. À plusieurs occasions, l’État pourvoit lui-même les libations.
Libations et vomissure
De manière générale, l’ivrognerie est un comportement réprouvé en Égypte ancienne, mais à certains moments dédiés, elle semble avoir plutôt été célébrée, et ce, par les deux sexes. Une tombe égyptienne arbore des peintures montrant des femmes de l’élite vomissant après avoir un peu trop abusé de l’alcool. Dans le cadre des cérémonies religieuses, l’alcool désinhibe les participants puisqu’il y a un aspect sexuel au rituel. L’égyptologue Carolyn Graves-Brown associe certaines scènes d’ivresse sur les murs des temples où avaient lieu ces célébrations à une formule se traduisant par « le voyage à travers les marais », un euphémisme référant à l’acte sexuel.
Un salaire en bière
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