Chronique
Et si je vous dis que la Peste noire a pavé la voie aux bars à bière d’aujourd’hui?
On le voit depuis les mois de confinement. On le voit encore plus depuis le déconfinement : alcool, société et épidémie entretiennent une relation complexe. Une relation inscrite dans le temps long. Dans le premier d’une série d’articles, je vous propose de visiter quelques épisodes de cette longue histoire. Dans ce numéro : et si je vous dis que la Peste noire a pavé la voie aux bars à bière d’aujourd’hui?
Par Mathieu Perron, . 5 min de lecture.
La peste bubonique en Europe
Le foyer naturel de la peste se trouve dans les steppes d’Asie centrale. Là, les gerbilles et autres rongeurs fouisseurs forment le réservoir naturel du bacille Yersina Pestis. L’infection se transmet de l’animal à l’homme par l’intermédiaire des puces. On dit « peste bubonique » parce que sous une de ses deux formes de la maladie des bubons remplis de bactéries se forment sous les aisselles et à l’aine des personnes infectées. L’autre forme, la plus virulente, est dite « pulmonaire ».
La peste suit en passager clandestin les hordes mongoles lancées à la conquête du monde. En 1347, ils assiègent un poste génois en Crimée. De là, la peste s’embarque en direction des ports de la péninsule italienne. Ensuite, la peste se répand dans toute l’Europe. Les rats et ses puces sont les principaux décimateurs de la peste sur le continent. Les rats et la peste suivent les routes commerciales qui lézardent le continent, de village en village et de ville en ville. La maladie est extrêmement contagieuse. Jusqu’en 1352, toutes les strates de la société sont frappées. Riches et pauvres, puissants et dominés sont décimés, de la France à la Russie, de la Norvège à l’Afrique du Nord. Le portrait démographique de l’Europe s’en est trouvé profondément bouleversé.
Mortalité et pouvoir d’achat
Le premier cas de peste bubonique en Angleterre est celui d’un marin débarqué de Gascogne dans le Dorset en 1348. En une année, le royaume est décimé. Le consensus parmi les experts établit un taux de mortalité avoisinant les 45 % de la population totale. Certaines études suggèrent un taux de mortalité allant jusqu’à 60 %, ce qui semble excessif. D’un point de vue social et économique, ces piles de cadavres signifient une rareté de main d’œuvre et de consommateurs. En conséquence de quoi, les salaires explosent et les prix chutent. Les salaires augmentent de 250 % entre 1300 et 1450 pour atteindre un plateau en 1500.
Après le rétablissement des populations, contrairement à d’autres pays européens, les salaires anglais demeurent élevés jusqu’au XVIIe siècle. Il faut attendre les années 1880 pour qu’une augmentation de cet ordre s’observe de nouveau. De manière concrète, tout cela signifie plus de bière pour des gosiers en mesure de payer.
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