Chronique
Boire au bon âge
Comme bien des jeunes ados, j’ai acheté mes premières bières pas mal avant d’en avoir légalement l’autorisation. J’ai payé ma première caisse au dépanneur du coin qui, à la vue de ma barbe récemment acquise, ne m’a pas interrogé au-delà de l’offre d’un billet de loto. Autres temps, autres mœurs… 18 années au compteur, voilà la limite. En a-t-il toujours été ainsi? Bien sûr que non! Voilà un petit survol de la question bière et vin, boissons pour tous.
Par Mathieu Perron, . 4 min de lecture.
Faut-il reculer jusqu’à l’Antiquité et le Moyen-Âge, pour rappeler que l’alcool fut longtemps un produit de première nécessité? L’eau des rivières et des fleuves étant vectrice de maladie, on s’en est méfié jusqu’à l’arrivé de Pasteur. Passons ces détails connus.
Les lecteurs avertis reconnaîtront le vieux slogan : « Guinness is good for you! ». À partir de la fin du XIXe siècle, dans le monde britannique, il était commun et accepté que le Stout (l’Oatmeal Stout plus encore) possédait des vertus nutritives et restauratrices pour la santé. Les médecins la recommandaient comme tonifiant pour se refaire une santé, en particulier aux femmes qui avaient perdu de leur appétit. En 1861, Isabella Breeton, auteure principale du fameux livre Mrs Beeton’s Book of Household Management, recommandait la consommation de Stout aux femmes qui allaitaient : « As the best tonic, and the most efficacious indirect stimulant that a mother can take such times, there is no potation equal to porter and stout […] ». Encore aujourd’hui, il circule sur les « interwebs » que l’alcool encouragerait la lactation des femmes. Alcool et allaitement ne font pas bon ménage, chers lecteurs. N’essayez pas ça à la maison.
Tempérer les ardeurs
Cette image victorienne de la bière, bonne pour la santé se conjuguait, en Amérique du Nord, avec l’idée issue des mouvements de tempérance, qu’elle était plus acceptable socialement que les spiritueux. L’évaluation des taux alcoolémiques relevait davantage du pifomètre que de la chimie. Hôtel de tempérance et brasseurs planchaient sur cette ambiguïté fuyante. Les spiritueux, c’est le péril social! Le Porter et le vin, c’est civilisé. La bière et le cidre se sont des commodités. L’idée est alors surtout de restreindre les points de vente (une mesure persistante dans les discours depuis le XVIIe siècle), de limiter les heures d’opération en particulier le dimanche et d’obliger les tenanciers à entretenir des installations pour l’accommodement des voyageurs. Ce que l’on ne veut pas, c’est les tripots et autres tippling house. On ne souhaite pas qu’un pauvre entreprenant ne se dote d’un comptoir pour distribuer des liqueurs fortes au détriment de ses congénères...
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