Chronique
Tabac et terrasse : une longue histoire en quelques bouffées
Bière, terrasse et tabac : une association qui depuis mai de cette année est maintenant révolue. Déjà en 2006, alors que la fée nicotine avait su m’envouter, l’État bannit la fumette de la plupart des espaces publics. Fumer et boire constituent un plaisir que les colons européens ainsi que leurs descendants ont adopté avec enthousiasme. Voici une brève histoire québécoise d’un vice difficile à quitter.
Par Mathieu Perron, . 4 min de lecture.
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Une culture qui s’implante
Les colons français qui s’établissent au Canada au 17e siècle sont déjà des fumeurs avertis. En 1550, les conquérants ibériques introduisent le tabac en Europe. L’ambassadeur de France au Portugal, Jean Nicot – nicotine, oui ça vient de là – contribue grandement à populariser le pétun dans les cercles aisés de la société française. Au 18e siècle, les habitants s’accrochent fermement à leur lot de terre concédé par leur seigneur. On sème bien du tabac local, le nicotiana rustica, cultivé traditionnellement par les Amérindiens de la région des Grands Lacs. C’est néanmoins la variété des colonies antillaises, nicotinia tabacum, que l’on apprécie le mieux. Tout le monde en consomme, mais pas de la même manière.
Fumer en dedans, au-dehors et à tout âge
Si la consommation du tabac est banale, elle demeure un vice. L’Intendant Claude-Thomas Dupuis émet une ordonnance en novembre 1726. On défend les cabaretiers de laisser jouer aux dés ou aux cartes, de tolérer les jurons et blasphèmes et… de laisser fumer sous peine d’une amende de 10 livres tournois par fumeur. Les récits des voyageurs indiquent souvent que l’on fume à l’intérieur des auberges et des tavernes. Les femmes de l’élite et le clergé favorisent le tabac à priser – c’est-à-dire réduit en poudre et « sniffé » – plus discret et moins importun pour autrui. Les gens du commun utilisent la pipe d’argile importée ou en fabriquent à partir de pierres rouges, modelés à l’amérindienne. Plusieurs témoignages de voyageurs européens attestent que les Canadiens commencent à fumer dès le plus bas âge. Le naturaliste suédois Pehr Kalm écrit en septembre 1749 : « On voit des gamins de dix à douze ans courir les rues, la pipe à la bouche, imitant l’exemple de leurs ainés ». En 1775, l’officier britannique Thomas Anburey décrit une scène similaire. Dans une famille nombreuse, tous les mâles « […] from the youngest up to the father, they all smoked; nay, one of three years old had a pipe in his mouth ». Jusqu’à la toute fin du 18e siècle, la pipe et le tabac à priser dominent.
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