Chronique
L’introduction du Porter alias « Grosse bière » au Québec
Pour certains, le mot « Porter » évoque le souvenir flou d’une boisson sucrée opaque que leurs grands-parents avaient l’habitude de boire comme tonifiant diététique. Depuis peu, on assiste au retour de nombreuses interprétations du Porter dans l’offre de beaucoup de micro-brasseries. Au vu de cette diversité, il est légitime de se demander : « un Porter, c’est quoi? » Je ne trancherai pas. Je propose plutôt un retour sur les origines de la présence de ce style au Québec.
Par Mathieu Perron, . 3 min de lecture.
Une question de température et de goût
L’invention de Porter remonte aux années 1720. Il est le fruit de grandes brasse-ries de Londres. Avant les années 1820, l’orge torréfiée, ingrédient caractéristique des biè-res noires, n’existe pas. Aussi, le Porter de l’époque est une forme de Brown Ale, mais très peu sucrée. L’historien Martyn Cornell souligne que, vu le coût du malt, on fermente le Porter au seuil maximal. Du coup, le Porter tolère d’être fermenté à des températures élevées dans d’énormes cuves tout au long de l’année – il n’y a pas de réfrigérateur – au--delà de la Saint-Georges (23 avril). Le Porter vieillissait quelques mois afin d’en retirer le caractère fumé fourni par le malt séché au feu de bois. Pendant cette maturation dans des futailles de bois de centaines d’hectolitres, la bière acquérait un goût acidulé et désaltérant se rapprochant de certaines vieilles brunes des Flandres. Surtout, cette technique permettait de dégager des économies d’échelles. Les fameux Porters, les ancêtres des déménageurs et des livreurs, et autres gens du peuple, pouvaient se payer ce nectar désaltérant. Du même coup, l’exportation, sans que le prix de revente soit prohibitif, devenait réalisable.
Introduction du porter au Québec
De 1764 à 1774, 54 % des annonces dans La Gazette de Québec, placées par des négociants de Québec, offrent du Porter à leurs clients. Une très bonne indication à la fois sur la disponibilité de la boisson, mais aussi sur sa popularité parmi les gentlemen anglophones de la ville. En 1785, un jeu-ne voyageur britannique, Robert Hunter Jr., écri-vait dans son journal qu’à Montréal, dans les coffee-houses « There’s nothing but smoking, drink-ing of porter and playing at backgammon going on there ». Et les Canadiens francophones, buvaient-ils à l’épo-que de ce populaire nectar? Si les indices ne sont pas, pour l’instant, très concluants, on peut cependant se con-tenter de mentionner quelques traces.
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